mercredi 30 avril 2008
Le hérisson est mort et congelé (autoportrait à la mine de plot pour une fois n'est plus couture)
christophe massé autoportrait pour une fois 2008
à marie s b du quai
Nous avions mangé du plomb. Peut-être en ces temps le vin n'avait pas la couleur des terres d'ocre, de Sienne et de tutti canti. Dans le lit du torrent vermillon coulait un jus Amabile comme du sang de boeuf sur le seuil de l'abattoir. Sur la pente italienne des Alpes qui suinte l'errance du berger, j'avais cru sage comme utile d'écouter les paroles posées sur la grève de l'art, comme on fait confiance au chien et pas au porc. A la chienne biche, au sommet de son art de trouver le mot juste dans la circonférence des illusions et de l'affect paralysé. Les correspondances ont fondu dans le pus de la nuit, ton sourire au dessous de tes boucles a retrouvé l'échelle et la perpendicularité des naufrages. Tu sais, j'ai aimé ces mois. Je n'ai pas oublié. Tu es la seule a m'avoir parlé comme ça. Le hérisson sur ta tête doit mourir écrasé par la seule voiture qu'il ne lui a rien volé de ses tripes. Aux profondeurs d'un bar bordelais quand la sève de miel suinte entre les lèvres du Quichotte, j'ai lu en toi comme en Joyce. Tombé la casquette, perdu le gras du cou, trouvé la peau belle et rugueuse, ambrée sous la main, comme une chatte mouillée des calendes d'avril. Remué le couteau dans les plaids. Transformer vite fait l'or pur en eau minérale et le talent en tas lent de bonheur pour chercher l'or dans la rivière peuplée du dernier des vertébrés sans tuba. Et remercier. Oui remercier. Te remercier. Du haut de ma calotte. L'adieu pour l'art. Neuf comme un pont emballé de frais. Le pont neuf de Christophe sur la Garonne.
lundi 21 avril 2008
Gainsbourg, Giné. Journal de Mars
Je glisse toujours un disque de Serge Gainsbourg ou de Joan Pau Giné dans le lecteur pour me donner envie. De multiples envies. L'envie de vie. Gainsbourg me fait toujours frissonner et rire, presque en même temps. Et Giné l'inverse; frissonner de ce plaisir amoureux et rire comme aspergé par sa fraîcheur. Gainsbourg, Giné, deux personnages éloignés que je rapproche souvent pour les écouter quand je ne vais pas si bien, je crois. Je n'en connais pas la raison. Avec Giné j'enfile la chair de poule comme un gant et j'ai l'impression de virer dans les Corbières en venant de Narbonne, au moment où la montagne surgit devant le pare-brise de la bagnole quand il m'arrive de hurler mon admiration pour ce pays qui est le mien. La plaine du Roussillon, les étangs, la mer et les Pyrénées au loin. Avec Gainsbourg je prends la chair de poule quand rejaillit dans sa voix son sourire tendre et moqueur. C'est la corde du facteur, un paquet de lettres avec des mots d'amour et d'amitié. Giné comme Gainsbourg sont dans mon temps comme un ventilateur qui passe.
Joan Pau Giné, Records de vida, association adiu, ça va ? 4cd. 2003. Serge Gainsbourg, L'intégrale.
La pluie, le matin tôt sur la colline de parpaings. Je traverse le rond-point en coupant le chantier, à travers des engins qui sifflent. Les ouvriers ont la fureur dans les yeux. Les grues dans ce ciel de tourmente font glisser au dessus de ma tête d'immenses poutres de métal. La neige sur le col du manteau de la maman et la route longue, tortueuse qui mène des renoncements aux espérances sublimes. Si le courage est à deux mains et le cri de ta bouche un fredonnement dans le silence de l'aube allongée, je dois être le plus heureux, même si je ne suis pas le plus malin. Te serrer contre moi; ange sur un sein et retenir l'instant où le revolver au poing j'entre dans l'agence et que personne ne bouge, comme un souvenir, un rêve dans lequel la violence a les lèvres sucrées.
jeudi 17 avril 2008
Voir, voir, voir, histoire d'y voir (optique-bordeaux)
"voir,voir,voir" 2008 acrylique sur bois
Pendant les années en Département Art, j'ai peint sur des palettes en bois. Pour accompagner la collection d'optique du magasin Histoire d'y voir j'ai renoué avec le plaisir et les contraintes de travailler sur un support en tenant compte des pleins et des vides.
Histoire d'y voir: 6 rue du Pas Saint-Georges 33000 Bordeaux
mardi 15 avril 2008
Inauguration du store peint et remerciements
vue du store pharmacie Chassaigne Debruyne (Bordeaux) photographie cm
Dimanche en fin de matinée, le ciel était d'avril en robe de chambre, avec de beaux nuages de coton regroupés dans l'immensité bleue. Quelques ami(e)s étaient sortis de la fête de la veille, du lit ou revenaient du marché, des quais, des courses, de la promenade. En ce moment, j'ai l'air je crois d'un revenant (d'ailleurs le journal Sud-ouest a annoncé ma mort paraît-il ! avant de s'excuser paraît-il aussi mais je n'ai pas lu ces articles). Je crois être un revenant, je me sens à l'aise dans cette enveloppe nouvelle, j'ai l'impression de vivre une autre vie et je ne me sens plus toujours être celui qui sourit à des individus qu'il devrait connaître. C'est étrange et parfois agréable quoique déstabilisant. Avoir plusieurs vies est peut-être ce que nous souhaitons tous. J'ai du changer et certains sentiments que j'avais eus, il y a encore pas si longtemps me paraissent si fades que j'éprouve une certaine honte à ressentir des choses plus fortes. Revivre la douceur de l'adolescence ne serait ce que quelques minutes par jour est un but avouable. Quand je flâne dans ce quartier où j'ai passé quelques années, je vais dans l'église Saint Martial pour penser à des gens qui ne vont pas bien, sont malades et dans la tristesse. Une façon de prier sans prier. Je suis un revenant qui aime toujours peindre et écrire. Je suis ravi de voir ce store de toile souple et légère flotter dans le ciel au dessus de la pharmacie. J'écrivais que les ami(e)s étaient là et beaucoup d'artistes parmi eux. J'ai apprécié ce moment, les voir, boire un verre au bar la Myrtille un peu plus loin, dire quelques bêtises, échanger des mots, prendre le pouls des uns et des autres jusqu'à ce que le cours soit à nouveau déserté et silencieux comme il l'est le dimanche.
Merci à vous tous, à toute l'équipe de la pharmacie Chassaigne-Debruyne, à Isabelle Camus (Sud-ouest), à Rolling Stores..
vendredi 11 avril 2008
Quelques oeuvres pour l'inauguration du nouveau jardin d'Etienne
Dans la foule des miens, je cherche en vain le moi. Dans la jungle des mots, je trouve en haut la voix. Et peindre chaque jour son métier de vivre qui court de la tête au coeur, sans espoir de retour, pour le plaisir d'être libre.
Attention peintures, sculptures et collages frais ! Etienne et Véronique inaugurent le nouvel espace biologique. Etienne a demandé à quelques artistes de sa connaissance (Johanna peinture, Jean-Claude Delannoy peintures, Isidore Krapo peinture, Truffe collages, Luc Villard sculptures, Christophe Massé peinture) de lui confier quelques unes de leurs oeuvres, entre balance, chambre froide, chariot, diable et cageots de fruits et légumes pour contraster avec la blancheur du lieu et les huisseries repeintes de frais.
A voir samedi 12 avril sur le coup de midi rue Jean de Malet à Bordeaux (derrière le Marché des Capucins).
jeudi 10 avril 2008
Journal de Mars (2)
guillaume laizé: venise 2008 (droits réservés)
L'aiguille a pénétré la chair, à deux reprises. Je n'ai pas senti de douleur. Les pétales des fleurs des arbres s'envolent et il me tarde le soleil. Pour la première fois de ma vie j'ai hâte d'être en été. Encore une fois Mars est le mois de l'année qui porte le plus mes attentes. Je n'ai jamais été déçu en mars, voilà pourquoi j'avais choisi de tout faire au plus vite là; quand les éléments sont fougueux, les pluies font place à des ciels inoubliables et l'argent dans mes cheveux passe d'une main à l'autre en emportant loin la nostalgie. J'ai vu courir des enfants vers l'école, j'ai pensé un instant à la rue de la Cloche d'Or et cette joie qui m'envahissait quand ma mère me lâchait la main pour que je file le plus vite possible rejoindre les copains. J'ai rencontré des êtres ces derniers mois et dans la pudeur du silence de certains, avec la parole et les actes de ceux qui se sont révélés ou confirmés être des ami(e)s et la lâcheté des autres, j'ai composé un paysage pour demain. C'est une brune longue, une gitane dans la lenteur d'un matin. La fumée qui crispe le désir et enfle un bonheur ignoré. Le premier souffle dans le cou, le versant d'une montagne au creux duquel sont blottis les isards, une grue dans un ciel marbré de mirages. La passion comme un chemin de croix, pour en finir avec mars et se noyer dans l'amour au printemps.
lundi 7 avril 2008
Pharmacie Chassaigne-Debruyne: Soin d'Art
vues du store pendant sa réalisation
(photographies cm et marc ribes copyright 2008)
Visuel du store en devanture avant réalisation (droits réservés/pharmacie Chassaigne)
acrylique sur toile, ébauche d'un projet (droits réservés 2008)
Au début de mon installation à Bordeaux, j'ai résidé non loin des quais et vers la place Saint Martial (Chartrons) j'allai de temps en temps sur le cours Balguerie Stuttenberg à la pharmacie Chassaigne Debruyne. Intrigué par les vitrines toujours remplies de surprises humoristiques, de panneaux pédagogiques et d'installations ludiques signées par l'équipe de la pharmacie, j'étais devenu client naturellement. Un jour, l'un des patrons François Chassaigne me demanda si j'étais bien auteur d'ouvrages et de lui dédicacer un de mes livres qu'il tenait en attente sous le comptoir en prévision d'une éventuelle visite de ma part. Il me suggéra de fermer l'officine le temps que je puisse inspirer pour trouver les mots pour cette dédicace. Cela me toucha et donna aussi le la de la relation amicale que je devais avoir avec cet homme d'une grande finesse et délicatesse. Nous fîmes connaissance. La rencontre s'opéra lentement, je m'aperçus qu'il se passionnait pour l'art. Il me demanda récemment de réaliser une peinture pour le nouveau store de la pharmacie. Il y a des "choses" comme ça qui m'emballent pour des raisons de liaison (directe) avec ce que je pense être mon travail. De toutes les couleurs, des visages, des gens venus de partout, certains malades et d'autres vers la guérison, des êtres dans le BESOIN et qui sont tous quelque part moi. Celui qui se gratte les croûtes, pleure quand il a trop bu, ou reste gris, blafard, verdâtre et muet quand le mal le terrasse. Sur un chemin de croix; entre pansement et peinture. La croix toujours signe de précaution dans la peinture et le cheminement, ce parcours de la peine vers la guérison. Car il y a de l'altruisme qui flotte dans l'air de ce lieu, comme un parfum rare fait de connivence, de légèreté et d'application au service des clients. Dans le passage, de l'information et de l'accompagnement.. pour qu'un besoin se transforme aussi en soin.. pour un temps meilleur, à l'abri.
Le dimanche 13 avril aura lieu à onze heures l'inauguration de ce travail devant la pharmacie au 93 cours Balguerie Stuttenberg à Bordeaux
Merci à Cordula; à la base de la rencontre avec François. Merci à Francis de m'avoir prêté le Hangar en Bois le temps de la réalisation de ce travail.
mercredi 2 avril 2008
Le plaisir en chute libre
Je n'aime pas vraiment le sport. Dans le sport c'est l'idée de discipline que je n'aime pas. Je pense que le sportif s'éloigne de l'artiste alors qu'il pourrait en être vraiment un, et dans ce sens il ressemble aux artistes disciplinés, qui remplissent des dossiers et font les choses dans les règles jusqu'à la nausée. Je n'aime pas mesurer, ni prévoir. Le sportif calcule, il est docile et pliable. Mais c'est sans doute aussi une question de haut niveau. Le haut débit de la conformité, qui à mon sens éloigne du métier de vivre. C'est une idée qui m'a toujours rebuté, comme de ne plus accepter de faire en premier; des fautes, des taches et des pas de côté. J'aime encore trop la "sauvagerie" pour faire du sport comme un disciple, à la régulière, même si je songe souvent à la carrière de footballeur professionnel que j'aurai pu accomplir. J'aime le sport pour le jeu. Et le jeu n'est pas de suer en premier. Le jeu c'est le rêve et seulement quand l'effort n'est pas ressenti comme une performance. J'aime le moment improvisé qui se termine par des applaudissements et des poignées de mains (chaleureuses). M'arrêter sur le chemin, poser mon vélo dans l'herbe et aller jouer avec des jeunes gens sur un terrain vague chaussés de godasses inadaptées me comble de plaisir. Karim le plus moqueur: Hé! monsieur vous voulez jouer ? Les autres (morts de rire). Des petites paroles assassines qui fusent. Des mots d'adolescents. Quelques échanges. On joue. Ça joue bien. Je marque. Karim, encore lui: Monsieur tu joues dans un club non ? J'en marque un autre. Respect des autres: Il est vieux mais il est bon. Je me souviens d'un match improvisé dans un camping à Gênes.. entre italiens et moi en chaussures de randonnée. Tous des jeunes, costauds, plein de santé; tous jouant dans les équipes de la grande Sampdoria. Un match assez fou et 5-4. J'avais marqué 4 buts presque sans bouger, à l'affût. La rencontre s'acheva par des congratulations et les vafanculo du début s'étaient transformés en sourires complices. C'était simple et "à fond". Loin du sport en fait et tout proche de ces moments entre artistes. Le plaisir en chute libre. Aujourd'hui sur mon vélo, je sillonne la ville le plus vite possible, sur les boulevards, je roule à tombeau ouvert.. L'autre jour je suivais un cycliste; un vrai, casqué, pantalon moulant fluorescent. Bien calé dans sa roue, à deux centimètres de son pneu, les mains sur les freins. Le gars est passé au feu orange, moi aussi. J'ai cru qu'il allait continuer mais il a pilé net après le passage piéton. J'ai évité, pilé en deux coups brefs. Soleil. Un cadrage débo instinctif au frein vélo. Je suis passé par dessus ma bécane. Mais j'étais debout à la redescente ! Raide. Pas une égratignure, rien au vélo.. J'hallucine ! Vous ne m'avez pas pulvérisé dit le gars. Réflexe d'enfance comme si j'avais toujours été dans cette condition physique.. et la chance comme dans les meilleures séquences de vie, quand sont tutoyés la grâce et le panache, saupoudrés de la magie qui fait qu'un ballon trouve une lucarne, une barre à peine effleurée reste frémissante au dessus du sautoir; et un motard sur un genou salue la foule pendant que son engin se volatilise contre les barrières de sécurité.. Sauvage pourquoi pas ! Il y a des secondes d'immortalité à savourer sur le pouce comme un petit supplément de life.. des secondes qui ne ressemblent à rien et ont cette gnaque enfantine comme des prolongations pour continuer à jouer à la nuit tombante. Et dire encore merde à la faucheuse, au temps qui te ride, à la retraite, à la sécurité sociale..
