mardi 3 juin 2008
Rencontre avec Pierre Mainard, mon éditeur
L'amitié est une trace. Et nous restons parfois posés sur le carreau, contre le mur, dans l'attente, au loin, pour obtenir d'elle un signe. L'amitié est une trace, un long cours, à long terme, une figure dans le noir, un verre sur une table qui annonce la fin du jour. De son sac Pierre Mainard extirpe une bouteille. Montagne Saint-Emilion. Plus rien, regards. Quelques minutes plus tard du même sac, les épreuves de mon dernier texte, du prochain ouvrage à paraître. Je sors mon couteau de la poche, et coupe quelques tranches de chorizo. Viens alors comme des vagues ces instants et une renaissance. Là sur son bureau où j'ai laissé un temps posé chaque fois avant de m'en aller une petite tête dessinée avec du café ou du vin selon le breuvage offert, selon l'heure à laquelle nous terminions nos échanges. Mon éditeur devenu ami. Une sorte de frère, un temps cadet puis soudain aîné; jusqu'à ce que l'état des choses permette une vie meilleure. Un jet de dé contre la plinthe; des mains froides sur le carrelage posées, une balle sur l'attente. Dans le lointain sur le ciel, un volant emporté dans les airs. Le cri de la femme et le plaisir que nous aurions partagé là où personne en ces temps de clandestinité ne s'autorise plus à éprouver un sentiment identique vis à vis de la littérature, de la fiction, de l'amour et de l'imaginaire. Une des plus belles choses de ma vie, l'instant de l'arrivée et nos sourires comme la main sur l'épaule passée à la va vite dans le dos au départ.