le blog de christophe massé

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vendredi 20 juin 2008

Rustha Luna: Une femme du Monde

fadabasseresolution "la bombe" 2007 photographie (1.90x1.00cm) droits réservés/rustha luna

Rustha Luna: Une femme du Monde.

En randonnant sur Internet au hasard des pages parcourues du site de Rustha Luna, j'ai été frappé tout de suite par le fort caractère des oeuvres divulguées. J'ai ressenti cette présence qui m'enchante toujours dans ma découverte d'un nouveau travail. Des ondes positives qui vous font hocher la tête, l'omniprésence de l'idée d'idées. Je me suis senti lentement imprégné par ces images et ma première impression, ce jour là.. se métamorphosa en un besoin d'aller plus loin. L'idée que l'on se fait d'une oeuvre, peut être fausse ou simplement naïve, pourtant véhiculée par le moteur d'une pensée qui principalement me semblait être, non pas un mélange d'idées duquel aurait émergé une série de concepts artistiques, mais la judicieuse utilisation d'un média "clair" dans lequel la femme positionnée comme point de repère, en forme de pointe de compas, donnerait à l'espace alentour un périmétre attribué aux possibles interprétations, sans que pour autant il soit exact de nous éloigner vraiment de la signification que l'artiste voulait en donner. A condition cependant de se trouver dans le magnétisme de la figure et d'être en mesure, sans décrypter sommairement, de se rendre compte.. à l'évidence.. qu'il faut mettre un peu de soi-même pour aller au coeur d'un travail exigent. Ne pas se contenter. Comme ne pas toujours croire que ce que l'on voit est réellement ce que l'on voit. 

Dans l'espace de ce mouvement, une gamme de propositions, non pas radicales mais au libre arbitre; oscillant de la provocation à l'humour, pleine de poésie, conduisant au plaisir esthétique, lui-même débarrassé de la gêne et du flou artistique émergent comme autant de pistes à convoiter. Sans déclarer de guerre au point de vue, Rustha Luna s'applique à le redresser et lui donner ses lettres de noblesse. Elle est sérieuse pour provoquer une réaction poético-subversive et inciter ainsi à travers ce que l'on peut qualifier de position ambiguë;  l'appréhension d'un phénomène. Comment une femme actuelle peut-elle se faire l'interprète des femmes du monde ? Tout en demeurant au plus prés de son identité, tout en étant trés drôle sur les moyens adoptés pour rendre l'image légère. Comme dans un sentiment d'exil lui aussi en osmose avec l'art (avec un a comme air pur) pourrions-nous puiser aujourd'hui matière à la nouveauté ? Reléguant l'aspect folklorique a une prise de position politique et les revendications des femmes au stade du simple militantisme notre société a pipé les dés; Rustha Luna relaye alors à sa façon et crée du lien en passant par des questionnements plus que par l'évidence du jeu de mot, de rôle, et du jeu de piste. Star de quoi ? Femmes d'où ? Effigies pour quand ? Il est parfois utile que des images manufacturées par les artistes soient là pour défendre le point de vue le moins évident. Des serviettes hygiéniques sur lesquelles des drapeaux du monde entier sont brodés à la main par l'artiste, le tout en forme de couvre lit n'est bien évidemment pas créé pour faire de la Politique à la petite semaine.. "Les femmes sont réglées partout dans le monde" dit-elle sur un ton clair, un sourire venant corroborer cette théorie de la nature.. à partir de là.. le drapeau n'est pas forcément l'emblème d'un pays.. il faut comprendre que c'est le même partout. Une histoire de sang peut en cacher une autre. En découvrant cela on découvre autre chose.  L'esthétique du propos et l'utilisation des technologies appropriées confèrent au travail une souplesse comme étant la dernière étape d'un processus complexe de fabrication. Ainsi les robes dont elle va s'affubler sont préparées jusqu'au moindre détail dans l'alcôve d'un micro atelier et sur plusieurs champs d'investigation l'artiste amène lentement le propos, soigne le détail comme on fait de ses ongles des oeuvres d'art et à la manière de Visconti qui dit-on, n'hésitait pas à enfermer des couverts d'époque dans des tiroirs avant de filmer de façon à donner le maximum d'énergie à la pièce; elle s'occupe aussi de l'envers du décor. Il se passe quelque chose en trois dimensions, mais seule une image plane se portera écho de ce travail magnifique de préparation sous la partie immense de l'iceberg. Costume comme ce kimono cousu main en rondelles de coton démaquillantes ou ces accessoires: nunchaku recouvert de perles, et machette à lame sertie de diamants. Nous nous attaquons là aux outils. Ses outils jadis utilisés au Pérou, période durant laquelle elle apprit le métier de la sculpture. Outils de charpentier et d'ébéniste, de sculpteur sur bois transformés en outils servant la virtualité pour les raisons au départ liées à la culture française. Rustha Luna va conserver ce savoir et le transférer vers une autre planète.

Dans la pelote des possibles de son oeuvre, je me suis retrouvé devant un écheveau, j'ai tiré un fil (il paraît que c'est la façon d'agir pour se souvenir de ses rêves le matin..) Tirer sur le fil pour qu'au fur et à mesure puisse se mettre en scène, en piste avec comme principal but de parler des autres. Ce qui fait enfler le paradoxe mais pourtant ne peut pas s'imaginer autrement. Exiger de soi et bouleverser l'image que l'on a de son corps pour parler de ce qui se trouve dans sa tête. Cela tombe assez bien en fait, un fil dépasse.. j'ai tiré et il est apparu des signes quelque peu éloignés les uns des autres mais qui clairement constituent le canevas de la chienne ou la femme en transit, de leur dé-fragmentation à l'exil, le travail peut-être autobiographique, mais aussi parfois changeant ou variant, notre vision peut ne pas se conformer avec celle de l'artiste encore moins avec celle d'autres spectateurs de l'oeuvre. Ce fil  évoque pour moi une certaine résistance, celle des matériaux utilisés dans de nombreuses pièces qui en serait l'emblématique illustration. Il finit en petit amas rouge au milieu d'une photographie d'elle enfant avançant vers les bras de son père.  Le fil dans sa pelote à dénouer, le fil à suivre, le fil a parcourir, celui qui tisse ou dessine d'un point à un autre l'épisodique chemin entre les mers. Encore quelqu'un que je ne connaissais pas, en résistance mais pas en rébellion. Aux commandes d'un travail subtil et puissant à la fois. Immunisé contre les clichés. A prendre en considération que l'on soit homme-femme ou femme-homme, femme-femme ou homme-homme comme les belles choses universelles qui questionnent le sens de la vie et l'endroit où nous mettons les pieds.. sur la terre des hommes.. et des femmes. Rustha Luna: femme du Monde.

sous_la_tente_1_rustha_luna 

Rustha Luna est née à Lima (Pérou). http://www.rusthaluna.com/ Elle vit  et travaille à Bordeaux. Elle présentera le 28 juin 2008  de 10h à 21 heures Sous La Tente au 28 rue Bouquière à Bordeaux des oeuvres inédites.

 

Posté par autoportrait à 07:55 - raff/chro des artistes - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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