le blog de christophe massé

chroniques et informations.

mardi 24 juin 2008

Perpignan: Au centre de la terre (2)

gnan_010 La porte d'entrée de la maison de mon adolescence au 23 rue du puits des chaînes à Perpignan (mai 2008)

Pour Lefre

Je te vois mon vieil ami, planté sous le balcon. Les pieds serrés dans tes santiags interminablement grandes et pointues, ta petite barbiche brune de mousquetaire et la gitanes aux lèvres, un filet de fumée t'irritant le blanc de l'oeil. Je nous vois partir côte à côte vers le centre-ville en nous racontant les dernières histoires de notre petite histoire. Je reviens dans ce quartier comme dans le tien, en pèlerinage, chaque fois que je passe par Perpignan. Et je ne croise que des images de nous.

Nous construisons ses vies qui un jour disparaissent et nous reconstruisons ailleurs sans fondation, avec passion, sans importance, avec persévérance. Nous nous battons contre l'incompréhension et le sentiment d'impuissance, nous traversons les terres brûlées, revenons à la case départ dans les pas des uns pour raviver les songes. Nous n'avons pas la vérité, ni raison et nous enculons de moins en moins de mouches, pour tenter d'atteindre un jour l'essentiel d'une vie de passage. Sois heureux m'avait écrit Léo Ferré. J'ai conservé ces deux mots pour les donner aux jeunes gens que je croise sur ma route. Tu te souviens mon vieil ami, nous avions vingt ans sur la queue de l'hippocampe dans l'azur vers New-York City. Nos casseroles sont allées au bord des falaises, nous avons planté la tente en regardant l'océan. Notre Amérique pour toi est devenue je ne sais pas trop quoi.. mais plus celle de Kafka quand même et pour moi cette plume qui trace sur les murs des villes la tête adoptée à laquelle je reste lié. J'ai aussi adopté une petite tête bien vivante, mon bonheur, qui sera mon dernier combat et une de mes trois dernières raisons de vivre. Notre course dans le vent, le soir dans les ombres froides de l'hiver et la gorge pleine de poils des étés brûlants saupoudrés de sable rouge venu du Sahara. Avec le rire des filles dans notre dos, quand notre pas léger nous conduisait vers les dunes amoureuses.

   

Posté par autoportrait à 03:58 - liage/chro des instants - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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