le blog de christophe massé

chroniques et informations.

dimanche 31 août 2008

Aurélie Diard: Un journal (4)

Lac_20le_2012_07_08 "lac" Duhort, Aurélie Diard (2008 droits réservés)

Comme si,

Faire comme si. Comme si tout allait bien alors qu’on a mal à s’arracher le cœur. Tout faire pour passer inaperçu. Pour toujours que l’autre sente qu’on est là quoi qu’il arrive. Comme si on était le maître du monde et que rien n’allait changer tout ça. Comme si jamais on ne laisserait l’un pour l’autre. Parce qu’on croit qu’on est mieux qu’un autre et que nous on ne fera pas les erreurs. Comme si c’était possible. De laisser ses instants les plus primaires de côtés le temps d’une vie. Et c’est pourtant vrai qu’on a qu’une vie. Alors on fait comme si on ne le savait pas. Comme si un jour, plus tard, ailleurs, dans une autre vie on pourra faire les pires choses. Celle qu’on n’a jamais osé imaginer de son vivant. Comme si on pouvait lutter contre son inconscient. Comme si l’homme était parfait.

Mais à quoi bon croire pouvoir lutter contre le hasard, contre les bonheurs et les écarts qui font ce qu’est une vie ? Pourquoi faire comme si rien ne pouvait nous arriver ? Comme si ça n’arrivait qu’au voisin ? Comme une innocence calculée qui vient fausser la réalité.

Mais pourtant, je ne refuse pas de rêver : j’y crois bien plus que tout le reste que je peux toucher. Mais je veux rester consciente que demain est un autre jour, qu’il peut arriver n’importe quoi, une chose à laquelle je n’aurai jamais pensée. Que le moindre moment prés de lui est précieux parce que je sais que bientôt il n’en sera plus. Comme si on me l’arrachait du plus profond de mon âme. Comme si une vie qu’on avait pris l’habitude de battre à deux s’effaçait le temps de fermer les yeux. Le temps du décollage.

J’ai pris l’avion avec toi tant de fois. T’as été là pour me regarder droit dans les yeux et me rassurer. Me dire que ça n’allait pas me faire de mal. Que tout allait bien se passer. Que tu ne lâcherais ma main sous aucun prétexte tant que je ne pouvais me lever de cette place.

Et bientôt c’est toute seule que je vais devoir m’envoler. Comme si j’avais pris conscience que cette vie n’était qu’une. Une seule pendant laquelle je voudrai trouver des moments de bonheur, avec d’autres, avec eux et avec toi. Ici que je connais bien et que j’aime retrouver. Mais aussi là-bas que je veux découvrir. Comme pour faire battre mon cœur plus fort et que tu puisses l’entendre à des kilomètres. Comme si je voulais maintenant faire des erreurs et puis réfléchir.

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samedi 23 août 2008

Spiderman et elle

spider

"Avec le temps va.. tout s'en va " Léo Ferré

Il est devenu l'instant qui était toujours là depuis sa nuit des temps; l'instant. Une petite fille en dessine le contour, l'intérieur et la profondeur. Dans les méandres de leurs sourires mélangés, il pouvait facilement trouver le sérum. La nuit quand il redescendait la coucher après lui avoir donné un biberon; le son de ses gargouillis devenait de la grande musique, celle qui berce et offre à l'homme qui partage un jour ces moments, un sentiment d'invulnérabilité et l'impression dans le chaos, la quiétude de trois heures du mat, d'être un héros aux doigts palmés. La rencontre et le lien s'opèrent dans ce juste temps entre le cri, la faim, l'apaisement et le début du rendormissement. Ils partagèrent ce sourire comme un premier pas et la tendresse comme un bouillon ou un grog. Et puis lentement, certaines situations se superposèrent dans le bitume cérébral comme dans l'ambre se fossilisèrent quelques souvenirs qui un jour comme aujourd'hui m'emportent je ne sais où, dans un océan de douceur; là où les noyés n'existent presque plus.

Avec le temps, oublier serait le dernier affront possible à cette mémoire qui ne devrait jamais défaillir ou manquer. Et bien au contraire alors que celle de l'enfant s'effondre dans la volubilité du temps, celle de l'homme encore en train, se peuple de la sienne. Elle ordonne dans ce temps passé, cru muré, à de merveilleux moments de ressource qui rejaillissent comme des rêves éveillés et portent en eux le sien de passé et le mien, de croire qu'avec le temps va.. tout s'en va.. là.. justement où rien ne se dissipe vraiment tout à fait.   

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vendredi 22 août 2008

Istanbul: Chats

istanbul_120 Je ne sais pas si la vie des chats à Istanbul est formidable. J'ai croisé beaucoup de chats. Des centaines de chats partout. La plupart assez maigres mais qui ne donnent pas l'impression d'être malheureux ni malades. Beaucoup sont allongés dans les rues, de tout leur long, n'importe où, sans se soucier d'un danger quelconque . Les Stambouliotes sont gentils avec eux; certains les adoptent et les nourrissent. J'ai consigné le reste de mes impressions sur les chats et sur Istanbul pour sans doute le greffer à une ébauche future de livre. Je ne vais pas en dire plus. Juste au moment de repartir, en passant la douane, un policier m'a demandé le petit papier blanc avec le tampon et la date de mon entrée en Turquie. Je l'ai perdu, j'ai répondu. Allez-y ! il a dit.  Je n'ai pas eu besoin de prendre le midnight express. Mais je n'avais rien à craindre de ce côté là. Je ne trafique que les sentiments et je ne coupe les têtes qu'au bleu de phtalocyanine. Les temps changent, certainement.      

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mardi 12 août 2008

Bordeaux 2013 : Déborder du Cadre ?

bordeaux_2013 J'imagine Bordeaux en 2013 avec tous les artistes de la ville réunis sans aucune exception. Qu'ils choisissent un lieu dans la cité pour s'exprimer avec les moyens qu'ils demandent (pas l'art dans la rue.. ni la fête de la musique.. pas d'hommage au bénévolat..) Une présence artistique dans la ville, sans aucune restriction, ni censure, sans exclusion, ni sélection, ni thème... la liberté totale.. hi!hi!.. et s'éloigner du correctement artistique. Un festival de toutes les qualités, pour toutes les impressions... Déborder du Cadre ?

 

       

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vendredi 8 août 2008

Christophe Massé: Exil en Tête chez Pierre Mainard, éditeur

socourt_069 autoportrait à la serre 2008 (droits réservés)

Il n'y a sans doute pas d'exil possible pour les artistes. L'exil pour eux n'a pas ce nom, juste celui d'errance ou de va te faire foutre. Pour cela je trouve dans le mien sans cesse une relation avec celui de ces hommes qui déambulent en ville une casquette publicitaire vissée sur la tête. Une dérive menant d'incompréhension en incertitude et comme toujours ou presque, vers la conquête, la même, celle qui porte parfois la rencontre au dessus des soupçons, des calomnies et des trahisons. Abanption. Un juste mélange d'abandon et d'adoption. L'exil est intérieur; c'est un flirt rapide avec l'idée de mort, la tête basculant soudain en arrière comme portée par le refrain d'une chanson populaire..

Exil en Tête aux éditions Pierre Mainard est composé de 31 jets d'encre. Il est question là de la tête et de la femme. Et de ce que j'ai du mélanger ou comprendre pour en arriver là. Il est aussi avant tout question là comme dans tous mes textes qui comportent les deux faces du dé réunies en une; de la fascination à trouver de l'émerveillement là où les "choses" sont inéluctablement perdues et pour la première fois depuis l'Ecorce des Sentiments, une réelle envie de m'immerger dans la poésie; puisse celle là en être véritablement. 

Je suis heureux de la parution de ce poème comme de la façon dont Pierre Mainard m'offre chaque fois sa confiance, là en me faisant passer plusieurs tours dans l'ordre de la chronologie de ses parutions, pour donner à ce texte une place immédiate que je ne sais pas si je mérite mais happe comme si j'étais naufragé..

Il a été tiré de cette édition. 100 exemplaires sur Brut de Centaure avec un tirage de tête de trente exemplaires accompagnés d'une peinture originale, numérotée et signée par l'auteur. Et soixante quinze exemplaires signés par l'auteur, numérotés de  31 à 100.    

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mercredi 6 août 2008

Christophe Massé: Papiers Peints à Istanbul

turquie Entre Fatih et le quartier du grand Bazar à Istanbul: Papiers Peints. Jouer à se retrouver dans un espace d'errance. De la même façon Oublier Lisbonne, Porto, Séville et Salamanque; et croiser le fer du souvenir adolescent, vers Venise, Padoue, Pise et Pérouse. 

Vous m'aviez ordonné de me taire, votre index posé sur mes lèvres et j'étais demeuré muet un long moment. Il n'y avait plus de secret, plus de trouble, plus de je ne sais quoi. Je m'étais allongé sur le côté, derrière vous et je regardais par la fenêtre la lune luire dans un ciel d'encre. Le sommeil faisait place à l'amour et à l'aube l'amour dissipait les songes moulés dans leur fièvre de cheval. Au-dessus des brumes sur les embarcations dans le vacarme de leur va-et-vient, sur cette immense étendue liquide se reflétait la couleur verte de ma tête; pour me rappeler que j'allais bientôt mourir. Le bleu outremer profond des papiers peints qui illustraient ma vie ressortait sur un fond de sauce et de colle de peau, pour me laisser espérer que cela pourrait se passer sur les bords de la Méditerranée, à Istanbul où sur la terre de mes morts, dans les cendres d'un platane, d'un grand chêne peut-être même d'un figuier.

En 2009 paraîtra aux éditions Montre Molle le premier journal de ce travail de la Traversée. (Texte et photographies)

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