le blog de christophe massé

chroniques et informations.

samedi 16 octobre 2010

Sous La Tente: Marie-Madeleine Lacoste

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Christophe Massé

présente

Marie-Madeleine Lacoste

le jeudi 28 Octobre 2010

de 11 à 21 heures

Sous La Tente: 28 rue Bouquière 33000 Bordeaux (France)


Passer l'hiver en chambre: Marie-Madeleine Lacoste; une étrange affaire de sculpture.

"Et puis parfois, très rarement, j'ai une bonne idée. Mais pour être franc, les bonnes idées ne produisent pas vraiment des œuvres intéressantes. Il y a beaucoup de bonnes idées qui donnent des œuvres vraiment mauvaises. D’un autre côté, il y a des œuvres fantastiques qui ne sont pas basées sur une bonne idée." T. Cragg

Si certaines araignées entrent dans les maisons dès les premiers froids ressentis, il est d'autres espèces comme celles aperçues au dessus de la mare, qui s'adaptent et survivent malgré les frimas. Les plus fragiles doivent trouver un endroit pour passer l'hiver à une température plus clémente et éviter de cette façon le gel. D'autres peut-être plus robustes ou mieux adaptées aux rigueurs, se recroquevillent sur elles-mêmes et confient leur sort à la torpeur. Là, où il n'y a plus rien. Il s'agit d'observations faites dans les jardins et les maisons que j'ai pu fréquenter. Ma vocation d'entomologiste se limite aujourd'hui dans mon temps à ce type d'introspection et d'investigation poétiques. L'insecte, le chien, les chats, les hommes comme toute une partie de l'univers se préparent quand l'hiver arrive, chacun à sa façon en mettant du poil, en enfilant des pulls, entrant dans les carapaces, hibernant, prêt à affronter ou à accepter l'hiver comme il vient. Peut-être ainsi toutes les créatures de la terre se préviennent et tentent de regrouper en elles des forces pour entretenir leur stabilité et reconquérir un jour venu leur mobilité. La métamorphose a lieu. C'est ainsi que je vois "la sculpture". Comme quelque chose de vivant qui se prépare à résister au temps, même s'il s'agit seulement d'un hiver. J'aimais voir dans les jardins de Versailles, les statues emballées par le personnel du château, à la manière de Christo, qui devenaient des œuvres d'un autre type et celles sans couverture qui avaient éclaté sous l'action du gel, laissant entrevoir leurs entrailles de métal. Je ne sais pas s'il existe un travail de sculpture hivernal plus qu'estival, je ne sais presque plus rien,  j'essaie de trouver des mots pour décrire ce que je ressens. Dans les "sculptures" que je connais et que j'aime, il y a celles de Alexandre Calder,  justement pour ce tout qui résiste sans bouger. Ce presque rien qui se prête aux caprices du vent, acceptant cette alternance dans le paysage. Ensuite, celles de Philip King pour cette force à s'imposer malgré l'ingratitude des formes. Avant il y avait eu Auguste Rodin, un personnage sans tête couché sur le flanc puis Alberto Giacometti, et Aristide Maillol (en permanence dans mon champ de vision à Perpignan, l'incontournable Vénus), Étienne Martin et un jour Bill Woodrow, Barry Flanagan, Richard Deacon, Tony Cragg, David Mach. Une liste longue mais pour l'esquisse en cours du travail de Marie-Madeleine Lacoste, impensable à ne pas dresser; tant une activité de germination aussi fantastique m'oblige à participer dans une chronologie non exhaustive à la recherche de quelques étapes qui puissent évoquer le choc perçu en découvrant une œuvre significative pour la première fois. Non pas pour déterminer quelconque ressemblance, ni lui faire supporter l'influence, mais pour dire dans une continuité qui et quoi fait suite à nos grands maîtres et nos illustres contemporains, à condition d'emmener loin et vite les fruits de ce travail ailleurs... Lui donner l'opportunité de dépasser nos frontières et nos expositions locales.. Obligatoires à dresser, comme un panel des choses vues et aimées qui réuniraient aussi entre les influences et les similitudes qu'elles soient préméditées ou involontaires, toute une histoire d'affection pour l'art.. loin des choses attendues. Parfois une étrange histoire, comme une affaire étrangère et pourtant dans cette respiration et la buée qui s'en échappe comme cette réflexion avec un temps..celui de l'entomologiste et celui du regardeur d'art, une violent bonheur m'envahit loin des modes et du paraître, bercé par la passion pour certains travaux que je ressens juste.. ici comme ailleurs.

Je suis parti de la nature et des insectes, pour peut-être déplacer le sujet de son centre, vers les bordures et emmagasiner assez de force pour en décrire aux antipodes de ses contours luxueux, à l'orée de la clairière, entre clair et obscur ses principales caractéristiques. Dans un espace illuminé et malveillant, les forces de l'art. Les œuvres de Marie-Madeleine Lacoste sont des pièces uniques, mal ou bienveillantes, claires et sombres, prenantes et pressantes, oppressantes et libératrices, contournables et justes. Je vais dire qu'elles me sont apparues dans un halo de brume, seules et incroyablement individuelles. Une vision lumineuse dans un paysage opaque. J'ai pensé immédiatement au parc prés de la Serpentine Gallery à Londres, un jour d'avril 1981 j'eus l'incroyable révélation qu'un buste d'homme de Giacometti, sans aucune autre relation que celle de son espace de présentation portait à lui seul le temps de l'art et de l'humanité.. il reléguait pour moi des milliers d'installations et de cérémonial aux oubliettes des histoires de l'Art, comme dans une autre vénérable nature, celle du parc de Hombroich à Düsseldorf, un vase de la dynastie Ming posé presque à même le sol sur un socle sans prétention, dans une vaste salle blanche balayée par les courants d'air et dans laquelle voletaient des oiseaux, des insectes comme tourbillonnaient les feuilles venues des arbres du parc, influença à jamais mon regard sur la sculpture. Posé là dans un coin, au milieu de quelque chose..un personnage comme dans les rêves qui fleurissent sur le drap tôt au réveil. Une silhouette que j'avais imaginée tout de suite être en bronze patiné, mais qui s'avéra au fur et mesure de mon approche vers elle, plutôt constituée de tuyau de plomb soudé.. il n'en était rien. Une fois à sa hauteur, elle révéla une chair constituée de chambres à air de bicyclettes réunies, plaquées les unes aux autres, assemblées, collées. Un monstre alors ! Pas exactement.. une créature luisante et mate, encore légèrement empreinte de talc, le même que nous mettions jadis entre la chambre et le pneu pour faciliter la remise en état de la roue après crevaison. Un personnage portant sur son dos une étrange histoire et l'humanité, sa conception, sa souffrance, son équilibre. Nous pourrions à ce moment là chercher toutes les astuces et déballer des jeux de mots qui tourneraient autour du travail d'une femme qui semble sûre et inquiète mais ne manque pas d'air, gonflée à bloc derrière un sourire qui point de temps en temps et pour ainsi dire pffffffffff!!!!!!! etc.. mais nous nous écarterons, gardant la plume à défaut du démonte pneu en main, pour s'intéresser à ce travail qui n'évoque pas une société mais garantit l'endroit de sa manufacture. Trois dimensions dans notre espace de la curiosité. Le point qui rapprochait à mes yeux subitement l'œuvre de Marie-Madeleine Lacoste de celle de Giacometti décrit plus haut concernait son immédiateté  - et à partir de l'instant ou nous ne remettions pas en question son talent - en concentrant notre vision sur l'équilibre statuaire de la pièce, et sa grande précarité, celle qui détermine sur le champ une évidence, nous tenions les rênes de ce qui existe debout et force le respect.  Pour constater que sans être alourdie par le seul poids du matériau employé, nous avions à faire à une œuvre et son essentielle présence. Celle qui respire et relègue sa noirceur au second plan. Chaque fois un personnage devient son sujet, il se garde tout seul. Il est figé, plaqué et ahurissant. Il s'adapte à l'environnement mais rejète la lumière. Il s'impose par une impression de jamais vu. Comme si le contenu en air vicié resté dans ces bronches élastiques de film noir pouvait à lui seul procurer cette sensation de légèreté et de vie. Donnant à cette carapace aux formes mélancoliques du trouble et de la noirceur pour accompagner dans un élan mystérieux puisé aux confins des littératures fantastiques et de l'univers de la concentration l'analyse de ses courbes contrariées. Presque une sculpture fiction. Ainsi l'œuvre au noir disparait devant son négatif lumineux, elle confie par la gorge et l'autour l'enlace. Nous sommes là aboyant, rampant ou marchant dans les corridors des mémoires. Englobant le concept du dedans et du dehors de la pensée et de son extrapolation vers je ne sais quoi de ce presque rien, que l'utilisation d'un même matériel est pour cette occasion virtuose. Ici disparaît dans ce qui a succombé, la tentation, l'ultime geste de l'homme qui applaudit. Et la bête au service de sa représentation retrouvera son espace initial dans un rai de lumière tombé des cieux. Bordeaux, le 14 octobre 2010 Christophe Massé.

 

Posté par autoportrait à 10:56 - Sous La Tente (informations, remerciements) - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires

alut fils de l'eskémata

as de la loupe
bises

Posté par hedo fiac, samedi 23 octobre 2010 à 20:22

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