le blog de christophe massé

Christophe Massé: chroniques et informations.

samedi 14 septembre 2013

William Acin expose Sous La Tente Bordeaux France (seconde exposition personnelle)

acin slt 2013

Christophe Massé

 présente

 William Acin

"On a pensé à toi"

seconde exposition personnelle Sous La Tente

le samedi 28 septembre 2013

 de 11h à 21h

 entrée libre

 Sous La Tente: 28 rue Bouquière 33000 Bordeaux (France)

 

 

William Acin : Un peu à part tout de même !

Introduction (une)

J’étais en train de revenir chez moi, à pied, en traversant les beaux quartiers quand je me suis égaré, puis comme j’ai mal à une jambe j’ai ralenti le pas. J’ai commencé par me dire que c’était toujours une chance de pouvoir se perdre quelque part. Puis, soudain une voiture est arrivée à ma hauteur et un type qui conduisait penché sur le siège passager m’a demandé un renseignement. Il avait l’air exténué, tout autant que moi. Bouleversé même, mais pas autant que je devais le paraître. Il était aussi très âgé ou en donnait de prime abord le sentiment. Il me proposa de lui indiquer sa route et même si j’étais disponible pour l’accompagner, - il avait un rendez-vous très urgent pour lequel il venait de très loin et s’était grandement éloigné, à son avis, de sa destination - J’ai répondu affirmativement, au même moment j’allais ouvrir la porte côté passager, il me fit signe, si je le souhaitais, de prendre le volant. Je n’avais jamais conduit une pareille voiture mais j’acceptai. Après quelques hésitations et quatre fois tourner à gauche puis à droite, je retrouvai mes marques et parvins à le conduire à bon port. Avant que je ne descende, il me demanda ma carte avec une formule élégante. Ce fût sa seule parole.

-         « Vous êtes artiste ! » me dit-il en la glissant dans son portefeuille « Comme c’est intéressant ! Je le suis aussi certainement. » dit-il, tout en m’adressant un regard goguenard.

Alors que je m’éloignais, je jetai un coup d’œil en arrière et je vis une dernière fois, le vieux monsieur pénétrer dans une propriété et sa splendide voiture garée en travers, sur le trottoir ; celle que j’avais conduit sans me rendre vraiment compte qu’il s’agissait d’un modèle excessivement luxueux.

« Le guérillero serait un escargot avec sa base sur le dos ou mieux le Petit Prince tenant une planète au bout d’une ficelle comme un ballon de foire »  J-M Rouillan in « de mémoire (1) »

Introduction (deux)

Il doit exister une catégorie d’êtres en attente. En attente de tout, de rien.

L’art sert sans doute à combler certaines de ces attentes. Si attendre se divise alors en deux, et sans doute aussi en d’autres parties. Ce que nous pouvons mettre dans ce mot est très vaste. Attendre, et comment ? Et pourquoi ? Ce mot va être lui aussi accompagné d’une kyrielle de multiples attentes.

En ce qui me concerne, j’ai vu l’aigre remonter du fond du bois, du bocal. Il attendait, il attendait tellement  de « choses » y compris que l’on vienne le chercher dans son fond pour la centième fois et lui susurrer à l’oreille : « Viens ! Viens ! Arrête de faire cette tête de mort. Tu es le meilleur ! ». J’ai aussi vu le naïf qui attendait des fleurs, des fruits, et même la gloire et les petits bonus qui vont avec. J’ai vu des ours qui attendaient depuis si longtemps qu’ils ne se souvenaient plus du tout ce qui motivait cette attente. Et d’autres encore, sortis de leur attente, de l’hibernation, comme s’ils n’avaient jamais confectionné dans cette posture un manteau de haine et de dépit et prêts du jour au lendemain à vendre des esquimaux glacés sur les plages. J’ai vu les candidats du refus, les vilains canards, ceux et celles qui sautent sur tout ce qui se fait de médiocre en art de la promotion, en pensant sans savoir, sans savoir et en pensant, qu’ils pourraient être capables ou simplement disponibles pour réaliser ces projets ; et qui se ravisent, en pétant des flammes, quand le sentiment d’échec à l’horizon les propulse sur la gaine électrifiée de leur incompétence, quand même le sabord insoutenable fait figure de tonitruant signe de caractère et leur donne l’impression de quitter la déroute, victorieux. L’attente regroupe tout cela et bien d’autres sentiments et actes qui lui sont liés. Le temps d’un inventaire rigoureux n’est pas pour aujourd’hui, mais en souhaitant faire de cette introduction, chère à ma logorrhée puante et mes écarts de formulations approximatives, un étal, je tenais aux insertions poétiques en double têtes, et me demander comment le mot : Attente, pouvait-il demeurer une douleur tout en procurant le rêve. Et je n’ai pas répondu à mon attente. Il me semblait assez judicieux de lui en octroyer la primeur pour me rendre quelque part, j’ai bifurqué, même si le travail méticuleux de l’artiste dont je vais tenter de brosser pour vous quelques uns des traits de son splendide caractère en art, ne sera ni du devenir d’un portrait, ni de la description d’avenir dans le contexte dans lequel il évolue, mais peut-être plus précisément l’aspiration vers laquelle, depuis quelques années, son exigeante quête le mène et pourrait nous prévenir, si nous étions ouverts, généreux, sensibles et disponibles pour en happer la quintessence, loin de nos égoïsmes et de ces fameuses attentes qui nous détournent sans cesse de l’art majeur au coin du bois, vers le plaisir de rompre et de faire acte dans un temps ; avec allégeance comme disent les politiques et les journalistes de radio.

Sans attendre

William Acin est un guerrieros, il déboule de l’angle du bâtiment un doigt tendu, collé sur sa bouche, l’index. Et de l’autre main  il fait un signe entier : «  Viens ! Gare toi ! Il n’y a personne. »

Il me sert un café et un verre de vin de rosé dans un verre géant, m’embrasse, me montre ensuite du doigt le parcours à suivre jusqu’à son atelier de 6m2, éclairé d’un néon blafard. Lieu sans lumière naturelle, ni aération, ni rien. Les conditions optimales requises pour faire du bon, du très bon, du très, très bon travail.

Souvent j’ai pensé les bons travaux se trouvent dans les petites boîtes crâniennes où les écrins qui y font penser.

Travail

L’artiste, dans ce temps qui va pour certains, de l’expulsion de chez les parents, pour d’autres : à l’obtention d’un diplôme, accomplit une série de tâches rébarbatives qui le propulsent à l’horizon barré vers des choix qui s’imposent d’eux-mêmes ou sont guidés par ce temps rituel, qui va autoriser l’affectation dans l’univers intrinsèque de l’inconfort et de la faim.

Esthétique du travail

Sans poser les questions fondamentales de la couleur et de la forme, ni privilégier dans sa propre nature ce terrain jamais neutre, et pour accéder au terre plein du cœur, au chantier des avis, William Acin a dégagé de son pêle-mêle, fourre-tout, binôme, initiaux ; les élégantes propositions qui font signe et appareilleront la pratique dans le futur, fins prêtes à ce que nous pourrions identifier comme un grain noble à moudre, hors trajectoires, avec affinage des options. Réutilisables et désormais pièces d’une panoplie.

L’outil qu’il déplace à la surface des modestes papiers employés est là pour en retirer la protection et conduire du sens en direction d’une courbe croissante de la volonté.

Je vais faire comme toujours, à me brûler les doigts, les yeux et tant qu’à me « spirographier », les ailes aux lumières de la ville atonale, je ne vais pas brouiller la piste d’envol, la parsemer d’élans multicolores, allant du bistre au feu, comme ces robes de chiens perdus dans la montagne et déjà repris par la nature. Je vais m’engager dans ma propre révolte et vous en proposer les grandes lignes. L’artiste met le sens au front, maintenant la corrosion de ses actions, modifiant le sujet tatoué en un paysage descriptif qui peut aller aussi - il tisse à sa guise - de nature morte en sujet calciné nous montre un endroit qu’il cogite d’explorer. Nous sommes projetés en arrière vers l’avant. La métaphore aux tiroirs à ouvrir sans digicode, ni pistolet laser, ni affublés d’encombrants appendices est en lecture libre service..

Le voilà sur le perron les bras en l’air : « Je suis diplômé de frais » dit-il en pensant aux querluses bières à siffler avec ses ami€s de promotion.

Neuf ans sont passés.

Le voilà sur le perron du Prestige sortant d’une réception de dossier : « Ah ! Cher William, on a pensé à toi ! » Hurle t-il just dépited.

Pourquoi l’artiste va-t-il choisir d’exprimer dans son Travail ce moment précis de douleur interminable, de le localiser en lettres, couleur moisie, teinte urine, relief noces ratées, robe de mariée nouvelle.

Comment ? Et surtout Pourquoi ?

L’enjoliveur en signe de fabrique du magAcin va devenir dans cette écurie pouline le somnifère et la caution pour ce que nous achetons en premier dans les leasing - un enjoliveur - puis les quatre, avant de revendre la voiture pour payer un autre leasing. Pourquoi ? L’artiste va t-il - quand dans son insomnie le papier deviendra support de la scarification des principes inhumains -, en bon connaisseur d’une histoire de l’art, un spécialiste du vin, des cigarettes des drogues, Modiglianiser sa fin de vie. Rien n’est grave ! Poussez-vous ! Tout se complique.

Complexe travail de recoupements de particules entre les œuvres ; censées pouvoir regrouper pour parler en canon, les forces vives d’une pensée fine, comme corrosive, appliquée et patiente sur le chemin de croix et de poteaux et de sigles, de logos, et de variations. Le travail de William Acin est devenu étranger, distant de la pratique du copinage, en contre installation, posé autrement, sur un autre registre, qui me pousse à entrevoir des superlatifs. Intensifiée son œuvre, manufacturée comme un entité présentable dans chaque aspect et vers chaque recoin du salon bourgeois aux tûtes désaffectées s’immobilise ouvertement, non plus dans l’histoire mais dans un seul axe plastique, choix équitable & commerce relationnel. Un travail qui prend l’abîme, le point non pas de vue, mais de repaire. Sentier de la paix, calumet en forêt. Comme dernière étoile sur la forme et se place d’un canapé à l’autre sans remords. Il s’émeut seul et me plaque au centre. Je dis : Magnifique !

Complexité dans la lecture des codes du travail

Comme un regard nouveau porté sur lui et le temps qui passe (en art) aussi vite que possible, nous pouvons nous interroger de la perspicacité de l’artiste a graver le trajet d’un sphinx qui tirerait sa majesté d’une coquille d’escargot vers l’horizon inconnu et vers la bordure droite d’une feuille encadrée oblige.

Mais pour aller où ? Si les tiroirs sont étrangement fermés. Dans quelle source puiser pour réverbérer ?  Si la curiosité absente, hors des sphériques sentiers de randonnées culturello-municipales n’aboutit plus qu’à deux misérables centres culturels fermés le dimanche. Si les chemins de Compostelle sont empruntés sans esprit critique… où allons nous aller ? À Rome toujours ?

Nous voilà dans notre nouveau cirque. Vous voilà acteurs passifs en devenir, prêts de rétrospectives, ignorant les jours minuscules d’atelier, les sorties sans une cacahuète dans la poche, au combien promo heureuse, fructueuse. William Acin brouille les cartes encore beaucoup. De cette école qui exige du spectateur un brin de connivence, un sens aiguisé des lectures du hors piste, de lectures superposées, en sans code aucun, en lancer de billes champêtres, set nous trouvons, maintenant avec les tenants et les rugissants. William Acin aime la lettre, les lettres, il les utilise en bois, découpées main, facteur de typographies clandestines, en italique avant la biennale. Il aime le mot, les mots, il en choisit deux pour créer son dictionnaire du jour comme sur un étal frais et disponible. Pas de persil dans les oreilles, ni de glace sous le manteau. Il aime les langues étrangères. L’anglais pour lui est de bon augure comme le landais.

Un texte n’est pas fait pour expliquer les « choses », je crois ! Ni les maintenir à la raison. A quoi serviraient les discours des chefs alors ?

Parti pris et rupture dans la gamme imposée

Nous (les pieux) ne voulons pas approcher, ni démarrer sans huile, nous ne pouvons pas imaginer un instant De Maître dans une aventure sans géo-localisation, ni marc de café ; sans ce chouïa de processus, ni rien comme assistance, pas de programme, pas de rapatriement, pas d’alimentation, encore moins de courant, ni rabat, ni lime. Pas de voiles. Des rames.

William Acin fait le travail pour nous, pour ceux et celles qui n’en ont pas le courage. Il a opté pour des armes rigides : La plume, et son matériel d’aiguisement. Il va, sans déformation, regarde au-dessus des lorgnons. Loin, loin de Gepetto et encore très à distance de Karl Lagarfeld.

Il crame, destroye, amoindrit, pissade, emboutit le crépon et l’enjoliveur pour en faire ses lettres de tendresse. Aussi il s’accompagne et nous le surprendrons avec du papier, du contre collé, des lamelles de bois labellisées, un peu à part.

Nous en trouvons maintenant chez nous partout, du sol au plafond. Ses idées et son panache font mine.

L’artiste se place là, avec ce que je souhaite être aujourd’hui l’aspect révélateur d’un art en train de se fossiliser (paradoxe), entre congélation des neuf ans durant lesquels bon nombre ont pensé à toi et l’hémorragie de la viande d’un bœuf écorché qui lâche prise dans ses tensions nerveuses, extrêmes. D’artiste(s) en devenir, ni en attente, ni hospitalisé.

Nous la tenons la terreur Modigliani quand Picasso et sa voiture sont ailleurs sur un troisième marché.

Nous la tenons l’obligeance et la différence, et si personne n’a envie de l’apprendre aujourd’hui cette contre révérence, nous sommes nous obligés de la faire citer et de la recopier au propre, pour en crier bien haut et fort sa composition et sortir du château sous la tente pour vous hurler dans les oreilles : «  Il est là ! Celui qui doit partir. C’est maudit non ? C’est Modigliani. »

Voilà alors, que se profile ce que je trouve de nos jours le plus passionnant et palpitant et unique dans l’existence et que l’on ne perçoit certainement que dans ce que certain(e)s nomment : la force de l’art ; c’est le passage du temps, des idées, au service du déploiement d’une énergie, ni désespérante, ni pro optimiste, mais sans caricature ; une perle au pieu, l’observation réellement libérée d’une « possibilité » quelque part avec ce rien qui nous entoure et nous submerge et de cette expression parcourant les pièces nouvelles manufacturées aux petits oignons par William Acin, surgir cette tendresse caustique, ce libre chalumeau, cette goujaterie retenue, ce principe d’intelligence, cette efficacité dans le positionnement dans le placement la subtilité des jeux de lumières et de couleurs, ce renversement de l’ordre esthétique et de la bonté. Serrer une poignée de fin, en dodelinant de la tête et en étant acerbe et embrasser l’autre, tendrement, en lui glissant un morceau de fromage des Pyrénées dans la poche du manteau. Voilà toute la belle différence entre un artiste unique qui ne court pas en chaussures de ville.

Jamais à la maison du pauvre, à Emmaüs, à la déchetterie ne se retrouvèrent autant de pièces d’artistes, jamais les marchands, pour les citer, n’apparaissent dans le champ sacré de l’Atelier crépusculaire. Zborowski par exemple. Glissons sur le bitume respirons de la danse. Flirtons dans les songes et les capsules. William Acin fait revivre en aspirant puis s’inspirant de rien avant de sombrer ou de luire (pur choix personnel) avec les chats au fin fond d’un appentis, au bout du bout du quai, pour ici briller dans la contenance loin du container et combustion oblige, cérébrale et linguistique, le jour même ou se décrète la fin de la cinquième république, d’utilité publique. L’art des novateurs comme inexistants pour en privilégier dans cette confusion, l’essence préventive et purgative. Des histoires de l’art que je connaisse par cœur comme celle sans cœur il y en a beaucoup, la sienne m’épate avec une greffe d’envie authentique produit du terroir et recyclé en produits culturels l’intérêt n’est pas à la résistance  la résistance est un mot aucun programme n’obtient son indispensabilité dans nos fonctionnements étroits en occident. L’escargot coquille que tire un sphinx en guise de maison nous ramène à cette impérative prise de conscience que nous devons avoir 1° vis-à-vis des affaires culturelles 2° vis-à-vis des affaires du Monde.

Pédant.

Tout va si mal ?

Permanence comme « pionicat » ou vieilles intentions et conclusion.

Nous pourchassons dans la parole, l’idée de dire de l’autre ou de penser pour lui ou de le faire parler à notre place. Chacun a des idées, et les idées ne sont pas intéressantes dans le sens où elles n’apportent pas grand-chose d’autre que des perspectives de bouffonnerie. Ouvrir une galerie est une idée dont il faut faire quelque chose, faire de la peinture, penser, devient aussi une idée.

Qu’est ce que je voulais dire ?

Dans cette phrase est renfermée l’idée de pendant que j’en parle je cherche pendant que je la prononce je me donne une contenance et peut-être vais-je pouvoir ainsi faire de ce qui n’est pas encore une idée ! Un résultat de je (re)cherche(s).

Je pense que partout cela suffit à beaucoup d’individus. C’est une culture d’une misère.

Le travail de William Acin est conducteur de cette réflexion, (il s’en tire bien) ce n’est plus l’idée qui compte, ni sa récupération, mais le temps qui demeure pour le faire et quelque chose de ce même temps pour la propulser. Vers ces registres intemporels, voire universels et de lui offrir, dans son interprétation comme à la genèse, la prise qui se pense multiple pour permettre, autoriser, escompter, offrir… au plus grand nombre restreint, des pistes de réflexion sur l’art, l’histoire, la société ; accompagnées elles, de tout un autre registre qui englobe, des abstractions aux philosophies, à la gaine et à la coquille.

Et je vais conclure ainsi, vulgairement, en rendant hommage à l’énergie douloureuse qui entretient l’imaginaire, la poésie et quelque part aussi, une certaine et indispensable contestation.

Christophe Massé ; Penaparda, Bordeaux 17 août/17 septembre 2013

 L’exposition du 28 septembre 2013 Sous La Tente à Bordeaux (France) est la seconde personnelle de l’artiste William Acin. Elle s’intitule: « On a pensé à toi. De 11h à 21h  au 28 rue Bouquière 33000 Bordeaux

 

 

 

Posté par autoportrait à 11:43 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    hédo sublime

    De même que le mal, le sublime a sa contagion.
    L'Envers de l'histoire contemporaine
    Citations de Honoré de Balzac

    Posté par hédo, mardi 24 septembre 2013 à 19:48

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