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Christophe Massé: chroniques et informations.

vendredi 6 avril 2018

Boustrophédon #28 : Jean-François Chapelle expose à La Machine à Musique Bordeaux

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Boustrophédon#28

Jean-François Chapelle

Brouhaha

Exposition du 7 avril au 4 mai 2018

Rencontre avec l'artiste le lundi 9 avril à 18h30

La Machine à Musique 13/15 rue du parlement Sainte-Catherine Bordeaux

Dernier train pour Chapelle

 " Nos existences sont en réalité, par l'hérédité, aussi pleines de chiffres cabalistiques, de sorts jetés, que s'il y avait vraiment des sorcières..." Le côté de Guermantes - Marcel Proust

L’homme est doux. Il aime les nombres, les chiffres, les vieux papiers, les bons du Trésor, l’administration, les compléments d’informations, les billets de banque des pays du monde entier. Il aime gratter, imprimer, graver, nettoyer, écrire, tamponner, photocopier. Il aime ces documents sensibles qui titillent la pupille à en faire gonfler l’iris, je veux parler du zinc et du cuivre. L’homme s’assied pour Robert Filliou, mais aussi pour se reposer, et ses jambes demeurent immobiles et bien parallèles, comme ses pieds chaussés d’immenses sneakers. Si je peux aller plus loin et inventorier ses us & coutumes, je ne vais trouver que postures et attitudes rigoureuses, certaines au seuil de la maniaquerie, parfois de l’auto-contrariété, qui poussent au respect et entérinent la vision d’un homme digne, peut-être blessé par les éclats de vie et par le reflet de son propre mystère, entretenu lui à la loupe et au papier de verre du grammage le plus fin. Alors quoi ? Suffirait-il de jouer à la dinette pour être un grand cuisinier ? De faire se coller des allumettes entre elles pour dresser les grands tabliers des ponts enjambant les fleuves ou de collectionner les pattes de lapin pour avoir de la chance ? Peut-être cela contribue à une certaine réussite ; mais je ne le crois pas, j’ai plutôt dans mon temps d’observation de cet être délicat, composé comme je pouvais le faire à un certain moment, en donnant de la densité au partage, mener l’enquête méticuleusement pour maintenir dans le lointain, la curiosité et sa frangine l’interprétation hasardeuse. L’artiste à qui nous avons à faire, porte des gants pour déplacer son travail et efface ses empreintes après chaque manipulation. Mais comme tout artiste, sans me hasarder à dire « bon artiste » tant cet homme qui s’engage dans son propre piège les deux pieds en avant me paraît en être un, et si ses traces ne sont pas à relever comme les simples dermatoglyphes c’est qu’elles vivent, vont occasionner puis alimenter en nous la gêne qui établira dans l’ordre : un sentiment d’isolement profond puis d’intrigue suivie d’une réjouissance quand tout se tient, s’imbrique et provoque pour celles et ceux qui creusent le sillon, une jubilation ténue à localiser entre les points cardinaux et les ailes dans le dos de l’ange, établissant là à cet instant précis la luxuriante preuve qu’un travail plastique en partance conduit inéluctablement et toujours sur le quai d’une gare, quand les chiffres et les lettres s’entremêlent pour proposer heure et destination. C’est la tête dans les étoiles et les pieds outre-tombe que vous grimperez dans le dernier train pour Chapelle.

Christophe Massé 17 avril 2018

 

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