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Christophe Massé: chroniques et informations.

samedi 5 janvier 2019

Boustrophédon #36 : Jonathan Vandenheuvel La Louve Heureuse à la Machine à Musique et à La Pinacothéque de Bordeaux

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Boustrophédon #36

Jonathan Vandenheuvel

"un trois mille six centième de minute d'arrêt"

exposition du 7 janvier au 2 février 2019

La Machine à Musique 13/15 rue du Parlement Sainte-Catherine Bordeaux

Rencontre avec l'artiste le lundi 7 janvier à 18h30

La rencontre à la Machine sera suivie d'un concert de La Louve Heureuse qui chante Violeta Parra à La Pinacothèque de Bordeaux 28 rue Bouquière.

 

à propos... un texte de Jonathan Vandenheuven

Heurt ici de payer ma dette à la langue française. Non résorbée, en d'autres temps, mais peut-être encore au même endroit, je viendrai l'adresser à vous du mieux qu'elle m'exprime. C'est ma langue étrangère. Ne répondre que d'un lieu qui sonne creux. De chacun sa scansion. Une fraction de seconde, ça prend consistance de ne tenir qu'à l'opacité d'une image. C'est un moment aveugle, irréductible, un temps marqué qui fait évanouir toute tentative d'établir l'unité. Comme l'affaire d'un clin pour ne pas avoir l'oeil sec. Un truc qui tombe et qui fonde la discontinuité, césure. Après quoi raccorder les bouts des uns aux autres à qui mieux mieux. Un moment infime pas vu mais pris, durant lequel je retiens ma respiration, ce temps mort qui rythme mon faire et mon rienfoutre. Un acte manqué mécanique. M'en reste une imagerie qui se prend pour un objet, et se pend comme un objet à regarder pour voir, si jamais.

Un lieu de passage garde son empreinte et l'odeur des morts. La poussière est apprivoisée. Quand je glisse pour le lever du jour dans la pièce du Boustrophédon à La Machine à Musique, ma patience est retenue, confondue dans les rets des oeuvres présentes. L'obscurité qui va faire place au jour naissant est une aubaine à filtrer sa mémoire, effleurer la trame des photographies de Jonathan Vandenheuvel une découverte en soi. Le temps s'arrête quelques fractions de seconde plusieurs fois à chaque minute. La perspective bienveillante et archéologique d'une contemporanéité des lieux; ceux imaginés comme ceux photographiés, superposés et aujourd'hui disparus, de la déliquescence du bâtis abrite, couve, là le souvenir des passages ancestraux. L'histoire d'une répétition, d'un jour de "siècle". Je glisse ma main dans mes cheveux, mon poids se fait plus présent. Il ne reste jamais rien de ce qui est vécu ; quelques lumières étranges sur les bords des champs fleuris, en proie aux longues décrépitudes de la peau des murs qui se confondent aux squames des lits de rivières furibonds, ces compositions figent le bonheur de l'instant, à la source, dans le brouhaha des démolitions & des reconstructions. Christophe Massé 15 janvier 2019

 

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