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Christophe Massé: chroniques et informations.

vendredi 1 février 2019

Boustrophédon #37 : Samuel Buckman expose à La Machine à Musique Bordeaux

buckman

Boustrophédon #37

Samuel Buckman

Enlightenment

Exposition du 4 février au 2 mars 2019

La Machine à Musique 13/15 rue du Parlement Sainte-Catherine Bordeaux

Rencontre avec L'artiste le lundi 4 février à 18h30

En introduction, aux trois temps d'exposition que Samuel Buckman réalisera à Bordeaux en février

Samuel Buckman : Devenir à venir sur ça/1.

Parfois nous avons un grand besoin de savoir, et tout un monde autour commercialise pour que nous ne sachions plus rien, plus rien d'autre, que commander des êtres ou des pizzas, acheter, aimer fumer, boire, manger, se divertir & compagnie. Parfois nous avons ; gens occidentaux, ami(e)s riches d'ailleurs, des pourtours de partout, ce besoin de savoir, mais presque personne n'est là pour nous renseigner, assouvir cette urgence réelle d'apprendre. Nous dévissons sous une pluie d'informations permanentes et du matériel virtuel entre nos mains, des yeux rivés dans les poubelles pour les autres. La possibilité de mourir lentement des uns, les détritus de cette recherche pour les autres. Le savoir se passe en onguent, en facilité de paiement, à crédit pour des lendemains qui devraient chanter, quête de bonheurs instantanés pour du succédané. L'oubli de savoir. Aussi, je m'aperçois dans mon temps que "Vivre l'Instant" n'est pas la même chose aujourd'hui qu'hier, l'instant, cette douce perte de tout dans le rien n'a pas la charge du bonheur, c'est impératif comme une performance, c'est une courbature aux puissants pour mieux entrevoir la partie du terrain accidenté, sur lequel quelques "artistes", que nous appelons toujours de cette façon, pour aller plus vite et ne pas se perdre ; quelques artistes qui cheminent, soit nez en l'air, soit pattes dans l'argile et qui chaque jour de leur vie dessinent l'idée d'un monde dans lequel nous irons retrouver le notre, aux origines des riens, des silences et du bonheur d'avoir de l'air, de l'eau, de la chaleur et de la lumière, pour plonger encore plus dans la nuit, dans les abysses, au firmament des rugosités, pour retracer le parcours de la peine, épuré de l'empathie circonstancielle. Samuel Buckman, je le vois comme ça ; chercheur de champignons, de préférence champignons qui se ressemblent vraiment et à partir desquels il tissera, cuisinera, confectionnera, une idée du rien et de la différence dans l'espace proposé. Il a peut-être choisi depuis longtemps de ne pas s'inspirer, ni d'inspirer, mais la bouche fermée, de déclarer et de l'ouvrir à certains, certains objets, marquants, solvants, etc. Dignes ou indignes de représenter notre histoire. Aussi, dans cette anfractuosité, ce besoin, grand besoin de savoir, qui est jugulé là, dans le temps d'une préparation, d'une confiture, d'une construction, d'un agencement, car l'oeuvre peut être misérablement belle et étrangement porteuse d'un sens que nous finirons par faire éclore en nous. Du fusain à la corde, du plâtre au sac, du spaghetti aux immenses temps des furies jumelles, nous trouverons de l'espoir dans un art à maintenir à la surface, l'art fin de se maintenir à la surface, bras ceints des plombs des antiques comme des présents. Christophe Massé Bordeaux le 31 janvier 2019

Pour débuter Samuel Buckman exposera à La Machine à Musique (Hélène des Ligneris) pour Boustrophédon #37 du 4 février au 2 mars 2019 Rencontre avec l'artiste lundi 4 février 18h30 au 13/15 rue du Parlement Sainte-Catherine Bordeaux.

 

Et à rebours, devant, dans les mille-feuilles des œuvres de Samuel Buckman

Une nuit, dans la nuit des nuits, le voleur des temps a reculé d’un pouce. Je sais ce que je dis. La malédiction de cette ville du sud, du nord, est venue de trop parler, pour entrer ensuite dans la bouche de l’écrivain. Le malheur des enfances, la course-poursuite ensuite. Sur les murs des villes, dans les lits des désarrois en campagnes, à l’orée un autre sentiment, attachant comme ce gluten qui empaquète tout et fixe l’os dans la majestueuse posture du gluant brisé. Je scrute les travaux de Samuel Buckman comme pourrait le faire un jumeau bloqué sur une pente de glace, si abrupte, que le regard demeurerait perdu, moqué dans la terre & l’horizon à la fois. Nuages et pacotilles des brumes, cherchant en vain dans le précipice avec mes yeux d’enfant, coincés derrière les orbites nouvelles de la pierre de craie au bourgeon délicat filtrant dans la chair de l’amandier. Ici, un nez bouge, appendice remue avec le souffle ondulant des radiateurs bourgeois, des chaleurs domestiques comme des cantines rances. Par-là, une main enserre ce qui va rester de chair de terre pour faire des vers dans le collimateur de l’injustice. « Toi tu pues ! tu pues ! » dit l’enfant me regardant avec ses yeux jaunes. « Toi tu es un con de jeunes tyrans ! » Va dire le gros instable, vautré sur son fauteuil presque à vie acquit. Il se passe dans la cour de récréation de l’Art, ces tragédies que tout le monde n’ignore pas. Ce petit viol de la face, ces bretelles descendues, ce froc qui vire au jaune dans la diarrhée des épouvantes, cette halte d’amour aux pastels des criques. Samuel Buckman en choisissant (?) la posture de l’artiste plasticien écrivain, au diable ! l’interstice les tirets, le trait d’union, doit savoir qu’il ira bien dans le piège et la solution à ce dernier est déjà trouvé. Sachons cependant aussi que la vie créative n’est point professorale. Resplendissons de notre plus belle existence, sèche comme une trique. Nous, observateurs, apeurés comme dans un jet de fusain. Lui, repu de son œuf de caille, perce la neige avec ses deux verres polis au cul, d’où le pied a disparu sur le ciel roi tendu, de plage mazoutée. Il enfonce notre clou dans son ventre et nos chairs tournent pour admettre que le masque en soi est celui des lions du zoo interminable. Voilà de trop, c’est trop ! Encore une fois de rien ! Rien, il ne reste rien de ce qui est vécu. Tu parles ! De la pluie, de la poudre, du bouillon, des vermicelles, sans doute une poignée de confettis dans la bouche des morts, le jour de la disparition des cendres au-dessus des limbes anciens, des prairies, dans les champs à perte de vue. Il reste de ce rien en bouillie la légèreté sévère de petits morceaux de bravoure ou métal, plume, verre, sang, plâtre, bois, pierre, écorce, graine, aliment, sont des patries intimes et… pour l’ingérence aux souvenirs.

Alors que je regarde passer les oies, les grues vers le grand nord de retour, sans orientation négative, ni obsolescence programmée, je range dans la Bibliothèque les deux carnets bouffés par l’oiseau des Aragon & Vendredi alias SM, je consulte les trous un par un, convoie Marguerite Y une balle dans le coffre vers son champ d’honneur, radiographié par l’artiste comme le sang d’un pouce d’où gicle le magma, illusionne les constellations à venir. Redessiner pour une nouvelle galaxie mes amis(e)s ! la plaine de l’art est une éprouvante scène de crime qui illustre le complot. Un monstre liquide fait de larmes dans un temps indéfini, la praline à la foire dans la barbe-à-papa du père tortionnaire, la chétive plainte de l’enfant agneau. L’imposture est une marque de fabrique, un sceau sur la moelle des voleurs d’histoires en vue du prix littéraire abordable. Le reste du Monde joue contre le reste de l’Europe son dernier match. Parler de son histoire est la petite histoire, « lamentable » disait Gilles Deleuze et pourtant s’escrimons en pensées actives, à dans son fond conservé le terreau initial pour les racines du mal ne jamais disparaître et avec les carences de l’imaginaire observé sur le pourtour, l’aubier, la périphérie jonchés des squelettes, submergeant les routes, quand les mers sombrent sous le poids des cadavres, quand la douleur se conjugue en œuvres d’art rassemblées pour graver le temps, le défigurer et nous l’offrir. Samuel Buckman sait faire.  Il dit bien un temps de rien pour un temps de chien et vice-versa. De mieux, en avant, à rebours et si sa propre vie devrait lui réserver aujourd’hui et demain plus de joie que de douleur, nous espérons ; celles et ceux qui un pied dans cette aventure à regarder des pièces d’art au mur, tenter de nous prouver que nous sommes fait pour en comprendre le sens, étant donné que si nous regardons attentivement nos vies en dépendent et sont identiques, similaires, que nous soyons ; tant nés d’un côté du nord abusé, tout comme pétris de violence dans ces sud renfermant le non-dit. Et que nous soyons nés à la grâce du parvis pour des entourloupes saines voulues, car nous souhaitons encore nous arrêter le cœur noir, pour poser le cintre à l’hôtel de Hanovre ou de Cologne. Penser qu’un calot est celui qui protégea la tête de bébé par l’infirmière, dictant aux jeunes parents au firmament le désir d’absolu ; de la scène de l’amour aux objectifs à tenir. Que celui qui, à la gloire des pickpockets rétablira un monde à sept faces pour le dé, comme pour les doigts de la main. Pouce en injonction d’aimer, tourné vers le centre de la terre des confits d’absences & de cruautés …  À la renaissance. Sur le fil tendu entre deux falaises, à la désobéissance héroïque, pathétique, mais indispensable à la respiration de l’art comme à celle des hommes.

Christophe Massé 28 février 2019. Pour Samuel Buckman, Rodolphe Dekowski & Emmanuel Aragon. Aux amis(e)s de l’Atelier Bouquière à Bordeaux.

 

 

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