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mercredi 20 avril 2022

à Thierry Boyer (1966-2022)

Thierry Boyer, quelque part.
Je vais me souvenir des choses vécues avec Thierry, indissociables d'un temps vécu aussi avec Christian Hernandez celui qui me présenta au tout début des années 90' d'un autre siècle, un jeune homme fragile, taciturne et attachant. Avec Christian, notre grand jeu était de courir chez Thierry, rue Saint Mathieu, de grimper par le balcon au premier étage, entrer par la fenêtre mal fermée de son appartement miteux (nous vivions dans le même quartier du centre-ville de Perpignan) et en fin de journée nous attendions Thierry, l'un assis dans un fauteuil, l'autre sur sur une chaise à la table comme si rien n'était. Il arrivait quelques temps plus tard, ouvrait discrètement la porte d'entrée avec sa clef, soufflait, et se faisait chauffer un café en allumant une clope mentholée. Sans prêter attention alentour, ce n'est qu'une éternité plus tard qu'il nous demandait pince sans rire, ce qu'on foutait chez lui. Nous éclations de rire. Il était tendre, candide, à l'écoute, subtil. Trop subtil pour notre tandem de valseurs, qu'il aimait bien je crois. Quelques années, nous nous vîmes souvent, pour ainsi dire chaque jour, autour des Beaux-arts. Thierry ramait, il était habité, son travail était en route, il cogitait. Nous avons présenté une exposition de ses premières oeuvres avec celles de Francis Mascles, Galerie des Foy et des Anis à Perpignan, avec un catalogue et le grand jeu, sans aucune subvention. Nous louions à Thérèse Mugel une pièce à côté de la Galerie Thérèse Roussel. C'était sa première exposition, un splendide travail, trés lourd. André Valensi me téléphona de Toulouse, un jour de 92 pour me dire, qu'il était au jury de la biennale des jeunes créateurs et qu'il venait de voir le travail d'un gars dont j'avais écrit la présentation. Un magnifique travail avait-il souligné. Plus tard Thierry nous proposa de l'accompagner dans sa 4L déglinguée à Carmaux dans la montagne au-dessus de la ville sur un plateau, et nous avons réalisé "Pelufet" un joli livre avec des installations de travaux dans la forêt. Il n'y avait personne, dans une maisonnette isolée, pendant quelques jours, presque sans rien dire. La nuit nous allions nous perdre dans les bois vers une structure, un prototype de cabane transparent éclairé dans laquelle les insectes de tout ordre attirés par la lumière pullulaient. Avant qu'il passe son diplôme, une nuit nous sommes allés faire un graffiti sur les murs des Beaux-arts, inscrivant en lettres géantes : Il faut donner les Unités de Valeur à Titi Boyer. Le lendemain il se marra en découvrant notre larcin et quand la milice directoriale de l'époque nous convoqua, il se marra encore plus de notre infortune. Thierry est souvent passé me voir à Paris en rentrant du Japon, de Scandinavie quand il exposa là-bas, d'Afrique.. toujours avec des histoires terribles a compter (piqué par un serpent, intoxiqué, dépouillé). Il lui arrivait toujours quelque chose, quelque chose de terrible. Son travail avait cette force et cette fragilité. Un temps, le fer de la mine et le fluorescent des êtres qui s'évaporent. Nous n'avons pas suivi le même chemin, la même route. Plus tard , il est venu à Bordeaux Sous La Tente me rendre visite, nous sommes restés un long temps à parler de la difficulté d'être. Croisé encore un fois à Thuir (66) pour l'exposition de Christian, nous avons reformé un trio quelques heures, échangeant nos devenirs et nos horizons. Triste et touchant à la fois, comme des heures comptées sur nos sillons respectifs. C'était un homme sensible. Je garde ces images de lui, sa cigarette tremblotant dans la main, son oeil en quête, une douceur particulière. L'hymne aux hommes tronqués est dans ma tête. Non la tristesse, une sourde mélancolie qui brise ce jour. Thierry Boyer est mort un jour de printemps, en avril 2022.

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