lundi 19 octobre 2009
Le bonheur en clair-obscur
Jamais je ne suis autant heureux que dans les instants volés, survolant les précipices en allant de là vers là. Le lien est arrivé par la grande porte le jour où tu as marché sur la terre toute seule pour la première fois et puis tu as donné toute ta force pour résister aux temps des incertitudes. Je te vois prendre ton envol. On t'a vue sauter du plongeoir et bondir dans la cascade, tirer sur la corde et prendre sur toi. Réciter et apprendre. Parfois, souvent tu m'épates vraiment, comme nous devons tous être épatés un jour par l'enfance en marche. J'ai l'impression quand tu es là d'avoir huit ans, de plonger pour revivre certains des merveilleux moments de la rue de Cerdagne. Je suis en train d'écrire le roman de mon siècle, parfois cela me brûle d'en faire paraître quelques lignes prématurément pour te les lire et voir tes grands yeux noirs, suivi d'un éclat de rire, me dire que je suis fou. Le blog est cette vitrine pour les ami(e)s qui passent, un terrain cabossé sur lequel se posent les mots de chaque jour, avec la verve et la spontanéité de l'envie de partager.
samedi 25 juillet 2009
Le journal de La Traversée
Vous m'aviez ordonné de me taire, votre index posé sur mes lèvres et j'étais demeuré muet un long moment. Il n'y avait plus de secret, plus de trouble, plus de je ne sais quoi. C'est toujours encore aujourd'hui une sensation étrange et merveilleuse. Je m'étais allongé sur le côté, derrière vous et je regardais par la fenêtre la lune luire dans un ciel d'encre. Des immeubles et un extraordinaire parking sont venus changer l'horizon; je ne lis plus les mêmes lettres dans le ciel du matin. Le sommeil faisait place à l'amour et à l'aube l'amour dissipait les songes moulés dans leur fièvre de cheval. Il y avait une joie d'Espagne et un air de rien dans la chaleur au-dessus des brumes sur les automobiles et dans le vacarme de leur va-et-vient, sur cette immense place liquide se reflétait la couleur verte de ma tête; pour me rappeler que j'allais bientôt mourir. Le bleu outremer profond des papiers peints qui illustraient ma vie ressortait sur un fond de sauce et de colle de peau, pour me laisser espérer que cela pourrait se passer sur les bords de la Méditerranée, où plus loin encore... mais aussi à Madrid où sur la terre de mes morts, dans les cendres d'un platane, et les reliefs d'un plat de calamars, dans la sauce qui parfois tente la reliure avec les hommes où dans celle peut-être, même d'un olivier.
"Je ne fais que Massé". Le journal de la Traversée. A partir du 27 Juillet 2009. Madrid.
mercredi 1 juillet 2009
Les enfants des Aubiers à l'atelier
La clin des Aubiers le jour de la visite à l'atelier (dr 2009 angélique vindiolet)
J'ai eu la chance cette année de rencontrer les élèves de la classe d'intégration des primo-arrivants de l'école Jean Monnet des Aubiers à Bordeaux. Des enfants venus de la plupart des pays du Monde qui apprennent à lire et écrire le français souvent en un temps record. Habitué depuis quelques années à travailler avec des enfants autour de ce thème, j'ai eu la surprise de constater combien la motivation était importante et la joie de peindre un loisir à part entière. Dans leur classe, nous avons réalisé une séquence de travail autour de l'autoportrait. Ils ont continué tout le trimestre à dessiner, peindre et écrire une petite histoire autobiographique et au delà, ils continuent à travailler encore maintenant autour du magnifique travail plastique de Fernando Cometto. En avril dernier lors de l'exposition de Anne-Gaëlle Ponche, Sous La Tente, dans mon atelier, ils sont venus me rendre visite à pour la photographie souvenir. Zineb du Maroc, Doulfik de Mayotte, Hussein de Tchétchénie, Archimède de Mayotte, Clever de Madagascar, Jeancy du Congo, Mariola de Pologne (absente ce jour là), Slaveyka de Bulgarie, Fatima du Maroc, Nicolas du Chili, Mehmet de Turquie, Manuel du Portugal. Un grand merci à vous tous.
Pour des raisons personnelles, mon intervention n'a fait l'objet d'aucune rémunération.
dimanche 7 juin 2009
Perpignan: Nouvelle donne
J'étais au vernissage de l'exposition Off-Set à laquelle je participe avec dix autres artistes (ouverte encore aujourd'hui dimanche jusqu'à 18 heures) sur le cours du Médoc. Une bien belle soirée. Monocouche se produisait pour un petit concert improvisé avec des invités surprises ! Le dernier Punk nous a gratifié d'une de ses splendides prestations, dont lui seul à le secret. Pendant ce temps les Catalans remportaient le bouclier de Brennus. Je n'ai pas une seule seconde imaginé la liesse qui devait envahir le pays de Gnan. 55 ans après sa dernière victoire, l'USAP est champion de France de rugby à XV. Titi qui ne se sépare jamais de son drapeau à la tête de Toffer était bien présent au Stade de France. J'ai pu dormir sur mes deux oreilles un peu enflammées par le son de la bouillante marmite des monocouches. A Perpignan, il ne reste plus qu'à bien voter aux (re)municipales et changer d'air et de chaussettes...
samedi 30 mai 2009
Les Girondins de Bordeaux sont champions de France de football
Un truc que j'adore vraiment, c'est rester dans un coin du jardin sous les étoiles avec un verre de vin à la main et écouter les clameurs au loin. Demain assez tôt, j'irai peut-être ramasser des canettes écrasées pour ma collection. J'ai juste une pensée pour les joueurs et l'entraîneur avant d'aller faire une partie de dames.
mardi 5 mai 2009
Pierre Mainard a dix ans, la Machine à lire trente et nous Cinq cent mille
Votre serviteur et Pierre Mainard au Salon du Livre de Croquignol sur If en 2002
Il y a des tas de façons pour un éditeur, indépendant, libre et sauvage, de fêter dix années de combat. Dire: Moi je m'en contrefous ! Les annives c'est comme les anniversaires, la fête des mères, Noël ou la Saint Valentin: Une grande valse de la bêtise humaine ! Se prendre alors encore pour un bambin, filer sous un pont avec ses meilleures copines, boire la bière des stars sous les étoiles filantes en racontant tout le mal que l'on pense des types qui défilent sur le périphérique dans des coupés bmw flambants neufs payés en leasing mille fois sans frais.. Pire encore.. mettre le couvert dans une galerie d'art branchouille pour faire une demi fiesta entre bobos qui ne connaissent qu'une littérature dictée par les canards en papier gratuits; ou alors se prendre pour un type qui commence à savoir de quoi il parle et faire sans fard, avec les petites paillettes adéquates, en ville, dans une librairie trois fois plus vieille que soi.. une présentation de sa maison d'édition. Pierre Mainard est respectueux du temps qui passe, même s'il répète trois fois par heure, que ça file vite ! Et moi, j'aime faire des confidences; ce blog est un peu ça pour moi, écrire des petites choses du sensible qui ne regardent pas grand monde mais que le Monde entier peut consulter. J'aime être ce fusible, me retrouver en haut de l'échelle comme mes frères de coeur pour gratter la colle de lettres adhésives sur une vitrine. Le discret au petit coeur dur, a aussi du coeur dans le ventre. Sans faire le polisson, il a opté pour un anniversaire en culotte courte, la raie au milieu et peigné sur le côté. Dix ans l'arc en bandoulière, les flèches en bois dans le carquois au cas où. Il a convié cinq de ses auteurs à se tenir en embuscade. Une sorte d'avant-garde qui montera le camp pendant que des comédiens viendront lire leurs textes (Pierre Peuchmaurd discrétement s'est échappé, nous tenterons d'être dignes en pensant tout ce mois et encore au delà à cet auteur merveilleux). Pierre Mainard a demandé du conseil et profité de la belle logistique que certains savent mettre en place. Olivier Desmettre est d'un précieux soutien. Il y aura son fond; le créatif: peintures, photographies, dessins, souvenirs et autres petites et grandes balises sentimentales et plastiques. Il y aura de la musique pour clôturer la journée, avec un buffet sans doute. La Machine à Lire, la belle librairie bordelaise de la place du Parlement a fait un pari courageux en invitant un jeune éditeur pour fêter avec elle son entrée dans l'âge du respect, celui qui lui donnera pour les années prochaines le droit de commencer à vieillir sereinement et pourquoi pas être une de celles qui sauvera la Librairie française.. Si librairie doit être sauvée ! Samedi 16 mai, nous serons peut-être tous là. Les ami(e)s du début, de l'époque des couleuvres pas toujours faciles à avaler.. et les petits derniers qui se mettent à Mainarder. Mon bilan de dix ans avec Pierre Mainard est formidable (ça mérite un suicide). Un inventaire des meilleurs souvenirs serait impossible, nous en avons des rares, comme ceux que partagent peut-être les frangins ou les vrais amis. Je dois de l'avoir rencontré à Philippe Billé. Suite à un cadeau du maître obscurantiste: des aphorismes de Baldoméro publié chez Mainard et traduit par Philippe, j'eus le culot d'aller les trouver (à l'époque ils étaient deux mais un.. suffit pour éditer au calme, au large, au froid) tant le livre m'avait séduit dans ses finitions, sa facture et son esprit, pour leur proposer d'éditer Ludovic Massé, ce qu'il fît et me proposa quelques mois plus tard de rejoindre le catalogue. Je me souviens de la signature du Platane au Goethe institut, de nos virées en Basquie, à Paname, de nos nuits à dormir dans la voiture pour aller placer du bouquin dans les librairies presque partout en france, là où des libraires sont capables encore de s'asseoir sur autre chose que des piles de convenances. Je me souviens de la rencontre avec ces êtres qui font des nuits, des lustres de bonne joie d'où perlent les lumières du bonheur, des petites et grosses javas, de nous être réveillés sur le parking du marché à Ivry à 10h du Mat entourés par les pompiers en pleine manoeuvre alors que sur le coup de 5h du mat dans la nuit noire nous nous étions garés croyant être à la campagne. Je me souviens de nos salons et petites foires aux livres, des fous rires interminables, des grossières erreurs, des méga bourdes, des petits coups de trafalgar et de fatigue, d'une nuit dans la nuit noire d'hiver à tout dire, d'un noël à pleurer et de ce qu'il nous reste à vivre. Bon anniversaire mon Mainardo. Merci de me compter parmi les cinq doigts de ta main. Le Temps presse ! Vive la Poésie.
jeudi 19 mars 2009
Patrick Genty, Christophe Massé: Les fenêtres qui parlent 8 pour un mois de rencontres plastiques et humaines dans l'XXL Lille
Intervention sur la façade du 17 rue de la Paix d'Utrecht à Lille-Wazemmes (dr 2009 Patrick Genty)
à la mémoire de ceux de mars
aux Patrick et aux artzémois
Ne jamais faire tout ce que je me suis dis de faire et toujours faire ce que j'ai envie à l'instant. Sans omettre, sans oublier, sans se défausser; en gardant le simple, le facile, le nul et le pas si beau. En y allant. Faire. C'est ne pas remplir, c'est juste dire, montrer, dévoiler, proposer. C'est vu comme oublié. C'est mémoriser sans matraquer. A Wazemmes; XXS au moment ou à Lille XXL, les rues sont remplies de cette belle et parfois souvent indigeste Culture événementielle qui recouvre tout, le temps d'un temps, pour le plus grand nombre (idiot), Les fenêtres qui parlent vont à la rencontre. Un autre festival. Elles s'ouvrent pudiquement et derrière leurs volets, leurs persiennes, leurs rideaux, voilà des propositions nouvelles pour les regards friands. L'intention me semble composée de plusieurs propos actuels (une quantité de travaux d'artistes différents qui se mettent la pression tout seul, une approche sociale dans un cadre précis, une manifestation ouverte à tous les curieux mais sans doute pas aux moutons). Une découverte plastique et poétique avec un esprit intact, visant une certaine qualité. En conviant certaines personnes qui ont fait de l'art leur métier; une belle ouverture sur la rue et l'esprit de la rencontre au quotidien pour tout le Monde. Ceux qui connaissent un peu, beaucoup, passionnément, les arts; ceux qui ont le temps de le vivre et ceux qui par ce biais vont découvrir pendant plus d'un mois dans les espaces et les recoins de dizaines de fenêtres donnant sur la rue, des oeuvres originales venues de partout. L'art pour la rue en quelque sorte. Une histoire d'habitants qui parlent aux habitants par l'intermédiaire d'artistes.
autoportraits "odette, nicole, jeannine, guy, jean-marie, fernande, patricia, patricia, jacqueline, chantal, guillaume.." réalisés chez les Petits Frères des Pauvres et présentés à La Maison Folie de Wazemmes (dr Patrick Genty 2009)
Pourquoi naître et pourquoi n'être que ça et tout au bout de nos souffrances voir les bonheurs s'échapper. Dans la croyance pourtant, celle qui n'est ni foi, ni loi, mais cet univers peuplé par la rencontre; dans les yeux et les silences nous savons parfois nous reconnaître; humbles, simples, gens de rien et de peu; rêveurs, instables, marginaux, désaxés, à part.. allons chercher le courage, au loin et sur les crêtes, dans les ondes du nulle-part et de l'ailleurs.
rue Montgolfier une série de papiers réalisés à Bordeaux sur des fragments du journal Sud-ouest (dr Patrick Genty 2009)
du blanc, du noir, du bleu, du jaune, du rouge (dr Patrick Genty 2009)
avec ces cinq couleurs des autoportraits du monde... au collège flambant neuf de Wazemmes (53 boulevard Montebello). Allez voir ce que cela donne sur les fenêtres et baies vitrées donnant sur la rue. Le travail des élèves de sixième de Patricia Desmedt. Une belle petite bande de bosseurs, appliquée, concentrée et motivée.. et comme tous les enfants pleine de vie !
Et encore.. mes interventions en attendant celles de Patrick Genty.
têtes sur lino chez Yves Deverne (ex lithographe) au 100 rue Manuel
têtes sur bois: 104 rue Manuel chez A-D et R.Praca
têtes sur serviettes en tissus: 26 rue du Docteur Yersin chez Jean Monestier
Un ouvrage regroupant les idées et les interventions, le travail et la génèse, les envies et les humeurs de Patrick Genty et Christophe Massé est à l'étude.
Patrick Genty et Christophe Massé seront le 27 mars dans la rue de La Paix d'Utrecht pour le Vernissage des Fenêtres qui parlent 8 à partir de 18h. L'exposition se prolongera jusqu'au 19 avril. Nous en reparlerons. Le temps presse.
lundi 2 mars 2009
Isidore Krapo: L'ultra régional universel
Isidore Krapo par cm "en revenant de Nantes" (dr 2007)
"11: Et une tarte aux pommes tu prépareras" Saint-Job 111.45
Je ne sais pas si un jour va paraître quelque part le texte que j'ai peaufiné au fil du temps et de ma rencontre avec Isidore. C'est un peu comme ça les histoires réelles.. elles finissent par devenir des histoires. J'ai pensé un jour dans le silence de son atelier qu'un type comme ça, avec une oeuvre comme ça, ne pouvait pas être méchant. J'ai souvent écrit des textes pour des créateurs (car je ne veux pas trouver de différence entre l'homme et son travail artistique) et il s'est avéré pour moi parfois de le regretter, tant ces hommes sont parfois devenus ce qu'ils devaient être au départ et que je n'avais pas remarqué ou pas voulu entrevoir, on va dire: des sinistres (avec la forte probabilité aussi que ce soit moi qui le soit). Écrire sur et pour quelqu'un reste aussi la part belle de la rencontre, ce temps sur lequel se fixent les perles et les senteurs, la qualité des traits et l'ampleur des dégâts. Isidore Krapo dans son espace de la rue Elie-Gintrac, qu'il a au fil du temps remodelé et remodelé en une confiture offerte comme d'autres milliers de détails picturaux assemblés en une fresque de vie dans leur intensité ultra-locale demeure rare pour moi et encore le prince marchand, faiseur d'instants magiques prémédités. Dans l'alcôve les yeux au ciel, il a demandé aux fusées de l'accompagner dans les cieux pour soulager sa tâche et permettre à son instinct de luire là où nous cherchons tous la paix royale. Krapo air-force va atterrir chez Guy Lenoir porte 44 quelques semaines. Une chance pour que ce travail de la couleur et de l'imaginaire prenne là dans le tempo universel un rythme/élan migrateur et qu'il nous offre comme avec les grands passages de volatiles balayant le ciel girondin; du rêve, coloré, indispensable aux battements du coeur.
Isidore Krapo expose Porte 44, du 1er au 28 mars rue du Faubourg des Arts (Chartrons) à Bordeaux. Vernissage le 5 à partir de 18h30.
lundi 23 février 2009
Perpignan: (Ma) maison s'écroule
Il y a quelques jours au 23 rue du Puits des Chaînes à Perpignan, la maison dans laquelle j'ai passé une partie de ma jeunesse, s'est effondrée. Trente ans auparavant, je me souviens une nuit d'avoir entendu un bruit terrifiant en provenance d'un des murs de la pièce dans laquelle je dormais. C'était le chuintement de l'eau contre la paroi. L'immeuble de l'autre côté était en feu et les pompiers tentaient d'éteindre le sinistre. Nous avions fait le tour, mon père et moi, en pleine nuit pour voir ce qu'il se passait. Quelques temps plus tard cette maison s'écroula puis fût complètement rasée. Plus tard encore, en nettoyant le dos de notre bâtisse l'engin avait ouvert une brèche et ce jour là nous avions vu à notre grande stupéfaction les dents métalliques du monstre fracasser le mur et dépasser dans la cuisine. Ma mère qui se demandait s'il n'allait pas ouvrir la façade comme une vulgaire boîte de sardines. Plusieurs mois durant il y eût une bâche pour boucher la béance, puis la mairie décida de faire des petites réparations. Entre-temps, j'avais quitté la maison, mes parents s'en allèrent à leur tour. Avant-hier, la pauvre bâtisse s'est effondrée tuant un homme. Je ne peux m'empêcher de penser à cette rue misérable et ce quartier Saint-Matthieu dans lequel j'ai passé des années assez étranges, difficiles et sereines à la fois. Je ne peux m'empêcher de penser à la nullité des élus qui ont laissé ce quartier péricliter et devenir en moins de cinquante ans une tombe, un nid de désoeuvrés, un ghetto sous surveillance vidéo, au coeur même de la ville.
lundi 2 février 2009
Atelier béton (2): J'aime et Je n'aime pas
J'aime les chaînes, les superpositions, les strates, les empilements, les tas (entassements, encombrements). J'aime présenter des êtres à d'autres. J'aime les gens qui ont la classe, qui savent enfiler un peu la peau de l'autre. Ceux qui suivent la trace. J'aime les liens, les superpositions de séquences et de lectures, les strates comme la poussière, le papier, la terre, les os, les porcelaines, céramiques, tuiles et briques brisées. J'aime les tas de souvenirs et de nostalgies. J'aime retrouver des choses dans un carton quand je pense tout haut: c'est là dedans. J'aime les entassements de gens dans le métro, la foule qui condense à la foire, j'aime voir les silhouettes se découper dans l'azur. J'aime ceux qui changent d'avis, ceux qui ne font pas tout ce qu'ils disent. J'aime les affiches collées les unes sur les autres, les missives empilées dans la boîte aux lettres, le réfrigérateur vide, le porte monnaie plein de pièces d'un centime d'euro, les toutes petites galeries d'art. J'aime le rouge à lèvres sur la glace, l'odeur du parfum dans une automobile, le sourire des femmes qui sont des femmes et les cheveux mouillés et tirés en arrière des hommes qui sortent de la douche. J'aime ceux qui travaillent beaucoup pour ne rien gagner et ceux qui ne travaillent pas et qui disent qui a rien de bien. J'aime ceux qui inventent des slogans; les originaux qui cherchent et ceux qui trouvent. J'aime la beauté des noms, des prénoms. J'aime les dates, les chiffres, les reflets, la typographie. J'aime depuis peu de temps le soir qui tombe, le dimanche en début de soirée. J'aime le feu vert dans une cheminée, le brouillard dans mes idées, le sombre et les yeux des chats. Je n'aime plus trop écrire la nuit. J'aime faire des courses en trois minutes, ne pas faire trois choses les unes derrière les autres; les bons, les brutes, et l'honneur des truands. J'aime l'expression la vengeance est un plat qui se mange froid. J'aime répondre à ceux qui ne vont pas bien et demander toujours aux mêmes quelques temps plus tard s'ils vont mieux. J'aime toujours proposer des "choses" qui demandent un investissement personnel parfois complétement disproportionné. J'aime quand j'ai rendez-vous, me retrouver à expliquer le chemin à quelqu'un perdu, au risque d'arriver moi même en retard ou de me perdre aussi. J'aime la grève, la grève de l'art, la grève des fleuves (Rhin, Mississipi, Garonne, Loire, Lot, Tage, Guadalquivir, Tamise, Douro, et d'autres). J'aime les îles, les clairières, le mardi et le jeudi, la lune, toutes les lunes, les soirs de lune, les croissants, les cachées, celle qui écrit dessus. J'aime les étendues avec les reflets de la lumière sur des sacs en plastique. J'aime les poubelles et ce que l'on voit à côté des poubelles, l'eau qui ruisselle dans les rues, les nuages qui filent dans le ciel, prendre le café appuyé contre un mur. J'aime planter des graines, ne pas faire du vélo, ni mettre les vêtements sur des porte manteaux et j'aime m'habiller toujours pareil. J'aime la même chose; pas changer pour changer. J'aime les petits cigares pas trop cher qui tuent trop vite et boire du vin pas trop bon. J'aime attendre, être en avance, prendre le temps, partir au bon moment, aller chercher quelqu'un à la gare. Mais je n'aime pas ceux qui téléphonent toujours pour demander un service et surtout pour demander de venir les chercher comme si c'était une question de vie et de mort, mais j'aime accompagner quelqu'un à la gare dans le froid de l'aube. J'aime les quais et les femmes sur les quais des gares. Je n'aime pas ceux qui téléphonent pour dire: j'ai une idée.. mais en fait qui voudraient avoir ton avis pour te dire le lendemain.. j'ai eu une bonne idée.. Je n'aime presque plus le football à la télévision, ni le son des téléviseurs. J'aime les présentiments, le sentiment de poisse que l'on peut écarter et celui de chance que l'on peut aussi provoquer. J'aime les séries, les peintres qui en font. J'aime le travail de peinture des peintres, les musiciens qui reviennent sur un thème. J'aime les chansons populaires dîtes de variétés. La voix de Patricia Kaas, celle de Julio Iglésias, de Christophe. Les paroles des chansons qui parlent de quai de gare. J'aime l'amour au bois, sur la dune, dans le vent. J'aime l'arbre, le sable, le sel. J'aime les e-mails et presque plus les lettres manuscrites, j'aime jeter presque tout et ne garder presque plus rien. J'aime l'art plus que jamais, les peintures des ami(e)s que nous avons sur les murs et qu'E fait tourner pour les voir toutes. J'aime voir les gens avec le téléphone dans la main comme une prothèse, mais je n'aime pas téléphoner ni recevoir des appels, et je n'aime pas les abonnements, les fusils et la chasse, la tête des chasseurs, la corrida, les courses d'animaux. J'aime acheter le moins possible et n'avoir besoin de presque rien. J'aime prendre le tramway depuis qu'il existe sans ticket et boire une bonne lampée de rhum dans un rayon au supermarché. J'aime mentir à ceux que je n'aime pas. Courir en sachant que je ne vais pas y arriver, faire des trucs en sachant que ce n'est pas gagné, jamais gagné et qu'il n'y a rien à gagner jamais; sauter les bancs quand je suis heureux. J'aime le parfum de l'ylang-ylang. J'aime ceux et celles qui viennent au contact pour se perdre, ceux qui ouvrent la bouche. Je n'aime pas les artistes qui sont dans les petits papiers des élus et qui jouent les victimes. Je n'aime pas l'idée qu'un artiste puisse être au RMI mais par lâcheté j'ai oublié de le dire à certains, on ne m'y reprendra plus.. J'aime le froid et le vent en même temps. Le son de la radio à fond dans l'automobile. Faire des têtes à queue, encore le rock des années 80', les surprises sur l'oreiller, le café toujours le café comme on boit de l'eau enfant la tête retournée sous le robinet. J'aime les types dans le tramway qui te racontent leur vie et qui descendent tout d'un coup comme si ils avaient perdu la mémoire. J'aime conduire trés trés vite en voiture, les néons, le sourire de Jim Carrey. J'aime penser à des êtres et trouver deux minutes plus tard un e-mail dans ma boîte électronique, et ne pas penser à ce que je vais faire demain. J'aime avoir dans mon champ de vision en même temps comme dans les peintures de Philippe Hortala; des automobiles, des piétons, des avions, le tramway, des autobus, des camions, des vélos, des skaters, des chiens, des lumières et tout le bruit qui va avec ce paysage. J'aime dire non puis oui et oui et encore non. J'aime ceux qui n'ont pas la mémoire courte. Je n'aime pas trop la fiction, les films avec un début et une fin, mais j'aime les morceaux de musique avec le refrain qui n'en finit plus d'être répété. J'aime les gens timides et ceux qui disent leur timidité. J'aime celles et ceux qui te posent une pomme, une orange, un livre, une carte postale à un endroit où ils savent que tu vas les trouver et souvent à la place d'un baiser sur la joue. J'aime les cartons, les emballages avec des inscriptions qui viennent de pays lointains. J'aime les journées qui ne passent pas. Dire en la pliant que j'ai cette serviette depuis trente ans et ce pull depuis vingt ans, le dire pour voir le sourire de quelqu'un se dessiner comme si j'étais en train de raconter une histoire extraordinaire. J'aime la moutarde.




