vendredi 20 juin 2008
Rustha Luna: Une femme du Monde
"la bombe" 2007 photographie (1.90x1.00cm) droits réservés/rustha luna
Rustha Luna: Une femme du Monde.
En randonnant sur Internet au hasard des pages parcourues du site de Rustha Luna, j'ai été frappé tout de suite par le fort caractère des oeuvres divulguées. J'ai ressenti cette présence qui m'enchante toujours dans ma découverte d'un nouveau travail. Des ondes positives qui vous font hocher la tête, l'omniprésence de l'idée d'idées. Je me suis senti lentement imprégné par ces images et ma première impression, ce jour là.. se métamorphosa en un besoin d'aller plus loin. L'idée que l'on se fait d'une oeuvre, peut être fausse ou simplement naïve, pourtant véhiculée par le moteur d'une pensée qui principalement me semblait être, non pas un mélange d'idées duquel aurait émergé une série de concepts artistiques, mais la judicieuse utilisation d'un média "clair" dans lequel la femme positionnée comme point de repère, en forme de pointe de compas, donnerait à l'espace alentour un périmétre attribué aux possibles interprétations, sans que pour autant il soit exact de nous éloigner vraiment de la signification que l'artiste voulait en donner. A condition cependant de se trouver dans le magnétisme de la figure et d'être en mesure, sans décrypter sommairement, de se rendre compte.. à l'évidence.. qu'il faut mettre un peu de soi-même pour aller au coeur d'un travail exigent. Ne pas se contenter. Comme ne pas toujours croire que ce que l'on voit est réellement ce que l'on voit.
Dans l'espace de ce mouvement, une gamme de propositions, non pas radicales mais au libre arbitre; oscillant de la provocation à l'humour, pleine de poésie, conduisant au plaisir esthétique, lui-même débarrassé de la gêne et du flou artistique émergent comme autant de pistes à convoiter. Sans déclarer de guerre au point de vue, Rustha Luna s'applique à le redresser et lui donner ses lettres de noblesse. Elle est sérieuse pour provoquer une réaction poético-subversive et inciter ainsi à travers ce que l'on peut qualifier de position ambiguë; l'appréhension d'un phénomène. Comment une femme actuelle peut-elle se faire l'interprète des femmes du monde ? Tout en demeurant au plus prés de son identité, tout en étant trés drôle sur les moyens adoptés pour rendre l'image légère. Comme dans un sentiment d'exil lui aussi en osmose avec l'art (avec un a comme air pur) pourrions-nous puiser aujourd'hui matière à la nouveauté ? Reléguant l'aspect folklorique a une prise de position politique et les revendications des femmes au stade du simple militantisme notre société a pipé les dés; Rustha Luna relaye alors à sa façon et crée du lien en passant par des questionnements plus que par l'évidence du jeu de mot, de rôle, et du jeu de piste. Star de quoi ? Femmes d'où ? Effigies pour quand ? Il est parfois utile que des images manufacturées par les artistes soient là pour défendre le point de vue le moins évident. Des serviettes hygiéniques sur lesquelles des drapeaux du monde entier sont brodés à la main par l'artiste, le tout en forme de couvre lit n'est bien évidemment pas créé pour faire de la Politique à la petite semaine.. "Les femmes sont réglées partout dans le monde" dit-elle sur un ton clair, un sourire venant corroborer cette théorie de la nature.. à partir de là.. le drapeau n'est pas forcément l'emblème d'un pays.. il faut comprendre que c'est le même partout. Une histoire de sang peut en cacher une autre. En découvrant cela on découvre autre chose. L'esthétique du propos et l'utilisation des technologies appropriées confèrent au travail une souplesse comme étant la dernière étape d'un processus complexe de fabrication. Ainsi les robes dont elle va s'affubler sont préparées jusqu'au moindre détail dans l'alcôve d'un micro atelier et sur plusieurs champs d'investigation l'artiste amène lentement le propos, soigne le détail comme on fait de ses ongles des oeuvres d'art et à la manière de Visconti qui dit-on, n'hésitait pas à enfermer des couverts d'époque dans des tiroirs avant de filmer de façon à donner le maximum d'énergie à la pièce; elle s'occupe aussi de l'envers du décor. Il se passe quelque chose en trois dimensions, mais seule une image plane se portera écho de ce travail magnifique de préparation sous la partie immense de l'iceberg. Costume comme ce kimono cousu main en rondelles de coton démaquillantes ou ces accessoires: nunchaku recouvert de perles, et machette à lame sertie de diamants. Nous nous attaquons là aux outils. Ses outils jadis utilisés au Pérou, période durant laquelle elle apprit le métier de la sculpture. Outils de charpentier et d'ébéniste, de sculpteur sur bois transformés en outils servant la virtualité pour les raisons au départ liées à la culture française. Rustha Luna va conserver ce savoir et le transférer vers une autre planète.
Dans la pelote des possibles de son oeuvre, je me suis retrouvé devant un écheveau, j'ai tiré un fil (il paraît que c'est la façon d'agir pour se souvenir de ses rêves le matin..) Tirer sur le fil pour qu'au fur et à mesure puisse se mettre en scène, en piste avec comme principal but de parler des autres. Ce qui fait enfler le paradoxe mais pourtant ne peut pas s'imaginer autrement. Exiger de soi et bouleverser l'image que l'on a de son corps pour parler de ce qui se trouve dans sa tête. Cela tombe assez bien en fait, un fil dépasse.. j'ai tiré et il est apparu des signes quelque peu éloignés les uns des autres mais qui clairement constituent le canevas de la chienne ou la femme en transit, de leur dé-fragmentation à l'exil, le travail peut-être autobiographique, mais aussi parfois changeant ou variant, notre vision peut ne pas se conformer avec celle de l'artiste encore moins avec celle d'autres spectateurs de l'oeuvre. Ce fil évoque pour moi une certaine résistance, celle des matériaux utilisés dans de nombreuses pièces qui en serait l'emblématique illustration. Il finit en petit amas rouge au milieu d'une photographie d'elle enfant avançant vers les bras de son père. Le fil dans sa pelote à dénouer, le fil à suivre, le fil a parcourir, celui qui tisse ou dessine d'un point à un autre l'épisodique chemin entre les mers. Encore quelqu'un que je ne connaissais pas, en résistance mais pas en rébellion. Aux commandes d'un travail subtil et puissant à la fois. Immunisé contre les clichés. A prendre en considération que l'on soit homme-femme ou femme-homme, femme-femme ou homme-homme comme les belles choses universelles qui questionnent le sens de la vie et l'endroit où nous mettons les pieds.. sur la terre des hommes.. et des femmes. Rustha Luna: femme du Monde.
Rustha Luna est née à Lima (Pérou). http://www.rusthaluna.com/ Elle vit et travaille à Bordeaux. Elle présentera le 28 juin 2008 de 10h à 21 heures Sous La Tente au 28 rue Bouquière à Bordeaux des oeuvres inédites.
jeudi 19 juin 2008
Aurélie Diard: Un journal (1)
Aurélie Diard est étudiante en Anthropologie à Bordeaux. Elle se passionne d'Art, elle pratique la Peinture et l'Ecriture. Je me souviens qu'elle avait fait lire ses textes à mon éditeur qui me demanda un avis. Je fis la proposition à Aurélie de me rejoindre en ville, et nous fîmes ensemble un parcours dans Bordeaux pour aller voir quelques expositions, tout en parlant de nos passions. Une fois un peu orientée vers certains lieux culturels de la ville, j'ai continué à lui envoyer mes informations. Un an plus tard, j'ai eu l'agréable surprise d'avoir sa visite à l'atelier. La surprise aussi de voir son épanouissement comme cette vocation installée pour l'anthropologie, un beau travail sur les Manouches avancé et le projet de partir vivre et poursuivre ses études en Roumanie à partir de septembre. Aurélie a accepté ma proposition d'écrire ici dans ce Blog un journal sur cette expérience, de semaine en semaine. Accompagné d'une photographie personnelle. Voici donc le premier envoi.
"Pyrénées" Aurélie Diard (droits réservés)
La vie apprend des choses qu’on aurait préféré ne pas savoir. Il va falloir partir, il va falloir laisser, il va falloir sourire mais aussi pleurer.
Des images se battent et je ne sais pas faire le tri : je garde beaucoup de choses. En parler, donner son avis et écouter celui des autres. Mais je sais pourtant. Mais je ne veux pas savoir. Peut-être attendrai-je le dernier moment ?
Ne pas penser. Aller là où je m’emporte seule. Grâce aux gens que je croise, qui me sourient ou qui crient. Des signes, partout des signes ; c’est tout le temps comme ça. On veut partir quelque part et tout autour de soi semble être de cet endroit.
Comprendre ces gens… En serai-je capable ? Aurai-je assez de courage pour aller jusqu’au bout ? Pour les regarder droit dans les yeux sans baisser la tête ? Pour ne pas abandonner en route ?
Mais qu’en est-il de partir ? Que leur dire ? Que LUI dire ?
Ne rien promettre : je suis humaine. La vie et ses problèmes, la vie et ses solutions, la vie et son destin.
Assoiffée de savoirs, de mots, d’expressions et de costumes. Je veux y aller, je veux, je veux.
Mais quoi exactement ?
dimanche 15 juin 2008
Inauguration de L'atelier Tarin, Lawrie, Massé: Remerciements.
Le matin, les "filles" sont arrivées avec leur joli moral en bandoulière et l'énergie des beaux jours au lendemain qui chante. J'ai passé du cif partout devant la vitrine et j'ai astiqué les petits carreaux multicolores au balai brosse, jusqu'à ce qu'une odeur de détergent remplace celle de l'urine des grands chiens. Balayer devant sa porte et ne pas voir midi à quatorze heures. A treize heures Vendredi treize, il pleuvait. Quelques chats circulaient sur le pavé luisant. Dans le fond de l'atelier, Je me suis déguisé en Patrick Sébastien. Nous avons grignoté un morceau de fromage bio offert par Etienne avec un verre de Bordeaux. Il faisait gris, le ciel menaçait.. Je suis allé chercher quelques cigarillos en m'adressant à Odin pour qu'il nous change un peu le décorum. L'atelier était comme nous en avions "rêvés" tous les trois: un peu feng-shui sans trop, un peu cosy, un peu chaud room, un peu arty, un peu crado, mélange robuste et acidulé. Trois êtres, trois oeuvres éloignées et quelques points de rassemblement: la couleur par exemple. Oui la couleur. Aux antipodes aussi, le lisse chez Carine, le strié chez Malvina, le rugueux chez moi. A seize heures, un grand soleil inondait la rue.. Et ils sont arrivés au compte goutte, puis en force, en masse, léger et détendus.. les ami(e)s des uns, les copains des autres; des curieux et des précieux. Un monde. Le notre. Un notre monde dirait Jean-Claude Delannoy. Ils sont venus et sont restés. La France du football pendant ce temps prenait l'eau. Dans la rue, la vie du vendredi soir battait son plein. Avec les filles je me suis retrouvé un instant dans le fond de l'atelier, il devait être presque deux heures.. nous nous sommes regardés quelques secondes avec un bon sourire en plein milieu du visage. Le rideau est tombé sur les derniers visiteurs. Inauguration: première étape d'un parcours d'équipe, dans lequel il y aura des descentes dans la poudreuse et des slaloms spéciaux et ce n'est pas dit que nous nous risquions pas à faire aussi un peu de luge et pourquoi pas d'ailleurs du remonte pente pour aller respirer l'air des sommets. C'est ce que vous nous avez souhaité de chouette. Alors ! On s'engage.
Merci. Un grand Merci ! à ceux qui proposent la grâce, l'affection, le réconfort et d'un panier de cerises à une bouteille de grand Saint-Emilion, leur générosité... l'amitié.. Rencontre.. tu seras toujours le moteur de la respiration pour la liberté.
vendredi 13 juin 2008
Cordialement invité chez Tarin, Lawrie, Massé
dans les reflets de l'atelier (photographie cm 2008)
" La fonction de l'artiste est fort claire : il doit ouvrir un atelier, et y prendre en réparation le monde, par fragments, comme il lui vient " Francis Ponge
Je ne pouvais pas rêver de mieux que cette belle ligne de Francis Ponge postée en commentaires de l'article récent sur l'inauguration de l'atelier, par les amis du Poulailler dans le nord, décidément attentifs.
C'est aujourd'hui à partir de 16 heures au 28 rue Bouquière à Bordeaux. Nous (Carine Tarin, Malvina Lawrie et moi) inaugurons l'Atelier. Comme chaque grand moment d'une vie.. une fête s'impose. Je ne sais pas si celui là en est un. Il me semble pourtant qu'un certain bon feel est là. C'est cela la vie ! Commencer une histoire avec des êtres sensibles pour le meilleur et pour le pire et partager en silence comme dans le vacarme certains autres bonheurs et tristesses. Tout en extrayant d'un lieu sa substance pour en élaborer comme me l'écrivait Jean Dubuffet un miel savoureux ou une puante salade..
jeudi 12 juin 2008
Laure Delhaye ou la remise en forme du pochon
Je n'achète jamais rien de ce que je crois être futile. Consommer est une trop grande illusion pour moi. J'achète pour manger et boire. Je n'ai jamais trop succombé au superficiel. J'aime ramasser les "choses" perdues, jetées, oubliées. La récupération est essentielle en ce sens; dans son aspect morbide et vital comme le compost. Sur ma tête, je pose des casquettes d'un autre temps, d'une autre vie. Les cadeaux m'irritent. Je n'aime pas les anniversaires, les fêtes de tout le Monde (Papa, Maman, Valentin, Noël etc..) et ce rituel qui consiste à offrir après concertation/cotisation chaque année, pendant des années, un cadeau. Qu'est ce qui te ferait plaisir ? Une machine à laver le linge ou une machine à laver la vaisselle ? Le dernier machin pour faire un mauvais café what else ou un narguilé automatique pour fumer de l'eau ? Aussi mes coups de coeur en sont de particulier. Ils se déclarent brutalement.. en deux ou trois temps après le regard, ils se concrétisent.. une rencontre, le plaisir. . C'est ainsi que je suis tombé gravement accroc du petit porte-monnaie fabriqué par Laure Delhaye créatrice d'objets (f)utiles: blague à tabac, porte-monnaie, porte-cartes, portefeuille etc.. Avec des sacs en plastique que la jeune-femme manufacture selon un procédé inventé pour un résultat parfait: surpiqué, costaud, beau, élégant, rehaussé par un bouton pression nacré. Je me pâme avec mon machin dans le pantalon pendant des semaines, jusqu'à la corde usant d'un bonheur poétique mon acquisition. J'ai opté pour un lettrage sobre d'un côté: ntre de l'autre: teu en lettres blanches sur fond bleu éculé. Du bleu de la mer de mon pays à Port-Vendres et le blanc est celui du sel des marais, couleurs qui me transportent dans la tramontane quelques secondes par jour quand j'achète du pain ou donne une pièce à ma fille pour une sucette. Il s'use en compagnie des clefs, de mon couteau au fond de la poche. C'est un bel objet, simple et utile qui va disparaître dans mille ans avec les pluies du temps.
lundi 9 juin 2008
Freezing: Que personne ne bouge !
Bordeaux: le 06 juin 2008, face à la place de la Bourse, autour et sur le miroir d'eau. Des personnes se retrouvent a un moment donné sur invitation pour un freezing. J'ai pu participer à cette action qui consiste au coup de sifflet à garder une posture et ne plus bouger jusqu'au second coup de sifflet. Selon le nombre des intervenants, un silence s'instaure, la surprise est visible chez les spectateurs témoins du happening. Un moment de quelques minutes avec en point d'orgue le retour à la normale quand chacun comme si rien n'était s'active à nouveau.. Des documents filmés circuleront sans doute, pour garder la magie de cet instant. Je n'ai pas souhaité en savoir plus ni m'attarder.. oui juste reprendre le cours de ma journée.. Ma fille (six ans) a apprécié l'instant... même si elle m'a dit avoir un peu, beaucoup bougé !
merci à véric pour l'invitation, aux couturières pour l'organisation de ce moment, à anne et la Zo.
dimanche 8 juin 2008
Franck Garcia: Chair(e) peinture
franck garcia (photographie cm 2008)
Chez Franck Garcia, les chats sont passés par la basse-cour, les fils électriques ont rempli leur mission de tueurs de volatiles. Ils sont là dans leur plumage de printemps, gonflés d'eau et putrides. Beaux comme des types gominés qui gardent les cheveux longs pour partir sur les traces de leur adolescence, le samedi soir vers baloche. Sortis de Tideland. Coq et lapin dépecés aussi pour calmer le jeu se font des têtes d'enterrement comme sur le terrain. Franck est dans sa surface de réparation. C'est un maître de la térébenthine, j'en ai déjà parlé, il fait couler pour dire que c'est liquide dès qu'il souhaite arrêter les politesses, il pose le pied sur la baudruche et laisse déferler sa brutalité. La chair est travaillée en aplats et superpositions, le magenta suppure en perlant sur le titane. Pas de sale plaie.. que des beaux morceaux. Des coquards, du bleu de la veine. Du premier choix. Maintenant que le peintre se libère et entre dans l'âge où un label de qualité obligatoire doit figurer sur le blason, nous n'avons plus qu'à savourer sans modération, car dans n'importe quelle partie de l'anatomie, le sujet est traité avec respect, dans la tradition, à la brosse et dans la bonne odeur d'huile de lin. Je suis étonné du parcours; le blanc très présent apporte toute son impériale indispensabilité.. toiles tendues sur châssis, toiles libres, papiers sobrement encadrés, l'homme est libre comme sa gentillesse égale une tendresse confinée dans la traçabilité. Il s'attaque à la peinture comme certains font du modélisme ou leurs courses à l'hyper pour le mois entier. Son travail ne porte t-il pas en lui cette histoire de l'art qui passe par la peinture, avec extraction des références, comme on pourrait le faire d'une série de molaires épuisées par tant d'années de mastication. Posées sur le billot où perlent encore dans la lumière mordorée du petit matin des billes de graisse, les oeuvres de Franck Garcia ( ici présentées de la plus belle manière chez Isidore Krapo) forcent l'admiration, même si pour ma part, j'en avais depuis belle lurette. Il serait juste dommage de ne pas goûter à la chair, se laisser aller de volailles en faux-filet, mélanger le poisson et le lard, et pourquoi pas.. s'espérer cannibale.. et rêver de formats monumentaux. L'homme est encore discret. Son travail est surprenant, poétique, impeccable. Barbecue s'abstenir.. Pas de grillades aux herbes, pas de brochettes pimentées, pas de sauces sophistiquées. De la chair pure. A point .. oui. et saignante. Comme l'amour. Envoyez c'est pesé.
Pour mémoire: Franck Garcia chez Isidore Krapo à Bordeaux le 6/6
Atelier: un petit tour pour l'Inauguration rue Bouquière à Bordeaux
carine tarin, malvina lawrie, christophe massé devant le 28 en 2008 (photographie d'une passante)
Carine Tarin, Malvina Lawrie & Christophe Massé
vous convient à l'inauguration de
L'ATELIER
au 28 rue Bouquière 33000 Bordeaux
le Vendredi 13 juin 2008
à partir de 16 heures
Vous pouvez apporter un petit quelque chose à partager
jeudi 5 juin 2008
De l'influence considérée comme un laid art ?
Christophe Massé peint des figures sur bois à la Sanfourche, le sourire en moins, avec les mêmes sertis noirs, les mêmes couleurs primaires et les mêmes déformations planes que Dubuffet. Tout cela ne prend guère de libertés finalement, et se complaît dans la remise en cause du caractère sacré de l'art ; ce qui est aujourd'hui à la subversion plastique ce que briser sa guitare est au rock : révolutionnaire... J'ai relevé cette petite critique dans trente trois tours, magazine d'informations culturelles sur internet, elle me flatte avant de me contrarier. J'ai passé tant d'années avec des travaux de Sanfourche partout dans l'appartement de mon enfance et de belles années avec l'oeuvre de Jean Dubuffet, très ami de ma famille, que j'ai sûrement souhaité ne pas m'éloigner de ces créateurs comme de Claude Viallat (sans doute celui des contemporains qui m'a le plus touché) et de tant d'autres qui constituèrent à des plans et stades différents les catalyseurs de mon envie de vivre (ou de rester envie). Le fait qu'aujourd'hui encore je n'ai pas renoncé à la création comme unique métier de vivre doit en être sans doute le reflet ou le résultat. Oui l'influence ! alors que souvent l'on me parle de Tardi et de Munch, les miennes viennent d'abord du Pop art puis d'Henry Miller et de Robert Rauschenberg mais aussi de Georges Perec et d'Hubert Lucot, de l'Art Brut: celui de Robillard et de Pépé Vignes et des gens qui s'en trouvaient proche sans en faire totalement partie, Mario Chichorro, d'une certaine façon Robert Combas, mais aussi de ceux qui répètent sans cesse comme Daniel Buren et Hergé. La vraie influence pourtant, majeure, remonte et demeurera la main de Lascaux et l'Art des enfants des rues.. Et je me sens grandement influencé par ma passion générale pour l'art, pour les artistes, ceux qui ont une vie totalement créative... et qui travaillent chaque jour sur leur métier de peindre.. A Bordeaux, je pense à Jofo, Krapo, Brouillon par exemple.. J'ai aussi en mémoire comme un des points fondamentaux de l'existence: la liberté d'être et de casser sa guitare (la pochette du disque London Calling me fait toujours de l'effet) et même si je réponds maintenant à la police qui m'arrête dans la rue par des silences et des sourires.. que ce soit tendance, fengshui, ou ventripotade.. le plaisir de l'idée de révolution est toujours en moi.. mais nous savons bien que c'est le pouvoir qui décide du moment où elle aura lieu.. il ne faut pas s'en faire pour ça. J'ai aujourd'hui dans mon escarcelle comme me le disent certains de mes ami(e)s haut perché dans les musées contemporains, le potentiel pour faire du vrai art au caractère sacré ! ou d'un sacré caractère sans rien remettre en cause.. mais je suis attardé.. un gauchiste attardé comme me l'a écrit Ben Vautier. J'aime m'enfoncer avec déliquescence dans ce paradoxe; fabriquer des pièces contemporaines que je ne montre pas où abandonne dans mon atelier virtuel et continuer une oeuvre autobiographique aux limites de l'art populaire. Il n'y a pas de raisons alors pour que ce travail cesse, sorte de son ordinaire et n'assume pas ses influences. C'est parfois dérisoire, parfois juste ou injuste je ne sais pas.. comme se retrouver au mur chez un particulier dans une belle collection entre Dubuffet et Miro ou entre une statue primitive du Gabon et un Arman peut l'être et exposer le plus souvent dans des bouis-bouis que je juge être de qualité en compagnie de gens que j'aime. Oui pourquoi pas ! le choix d'un homme, d'une institution, d'un pouvoir, d'un critique peut apporter tristesse et bonheur, sentiment d'y être.. au top ou à défaut d'avoir cassé sa guitare encore une fois.. avant que demain ce ne soit ma pipe qui se brise.. à condition que ceci n'est pas une pipe bien entendu.
mardi 3 juin 2008
Rencontre avec Pierre Mainard, mon éditeur
L'amitié est une trace. Et nous restons parfois posés sur le carreau, contre le mur, dans l'attente, au loin, pour obtenir d'elle un signe. L'amitié est une trace, un long cours, à long terme, une figure dans le noir, un verre sur une table qui annonce la fin du jour. De son sac Pierre Mainard extirpe une bouteille. Montagne Saint-Emilion. Plus rien, regards. Quelques minutes plus tard du même sac, les épreuves de mon dernier texte, du prochain ouvrage à paraître. Je sors mon couteau de la poche, et coupe quelques tranches de chorizo. Viens alors comme des vagues ces instants et une renaissance. Là sur son bureau où j'ai laissé un temps posé chaque fois avant de m'en aller une petite tête dessinée avec du café ou du vin selon le breuvage offert, selon l'heure à laquelle nous terminions nos échanges. Mon éditeur devenu ami. Une sorte de frère, un temps cadet puis soudain aîné; jusqu'à ce que l'état des choses permette une vie meilleure. Un jet de dé contre la plinthe; des mains froides sur le carrelage posées, une balle sur l'attente. Dans le lointain sur le ciel, un volant emporté dans les airs. Le cri de la femme et le plaisir que nous aurions partagé là où personne en ces temps de clandestinité ne s'autorise plus à éprouver un sentiment identique vis à vis de la littérature, de la fiction, de l'amour et de l'imaginaire. Une des plus belles choses de ma vie, l'instant de l'arrivée et nos sourires comme la main sur l'épaule passée à la va vite dans le dos au départ.

