jeudi 13 novembre 2008
Jofo est mort dans l'Express.. Vive Jofo !
Jofo est mort dans l'Express du matin. Foudroyé par sa grâce. Comme le Cannelé. Je ne veux pas m'enliser avec une telle stupidité et plaindre notre ami.. mais quand même ! Le classement des types en vogue et d'autres qui tombent soit disant de l'arbre me fait penser à l'école (c'est pour cela sans doute que je n'ai pu y rester bien longtemps). Où vogue la galère ? Où sont les branches à scier ? .. Ce matin, sur le quai avant de prendre le tramway, je pensais en regardant les encarts publicitaires pour ce numéro spécial Bordeaux (les 100 personnages qui comptent) qu'il fallait être un bien triste pour mettre quelques euros dans de telle chiffonnade et son nez dans le torchon pour satisfaire ce besoin venu de nulle part et lire qui de nous avait encore quelques beaux jours devant lui.. tout ne tient qu'à un fil.. certes. Mais permettez moi d'être responsable de ma déconfiture ! Si elle se nomme comme ça, comme de dire à Jofo que si il est mort dans l'Express je le ressuscite illico et le place sur mon échelle des poètes disparus.
mardi 16 septembre 2008
Edvige est plusieurs fois centenaire non ?
A Perpignan, en 1982 paraissait le premier numéro de mon graphzine/fanzine photocopié. Tiré pour l'occasion en cent exemplaires, chacun d'un format A4, plié et découpé afin qu'il forme un petit book de la grandeur d'une boîte d'allumettes. Les images envoyées par des artistes composaient presque exclusivement ce premier numéro. Un petit texte de remerciement, le titre et le nom de l'opus constituaient la brève partie écrite. Le travail d'assemblage était pour moi fastidieux, je fabriquais les exemplaires au compte goutte, les offrant au fur et à mesure aux participants, à des ami(e)s, à ma famille. Pas plus de dix exemplaires se trouvaient dispersés dans la "nature" quand ma mère vint me trouver pour me dire qu'un commissaire avait téléphoné chez elle et j'étais cordialement invité à me rendre à l'hôtel de police. Ce que je fis. Un agent m'accompagna au sous-sol dans une grande pièce presque vide, éclairée au néon. Là, un homme m'attendait. Il me demanda des explications sur le fanzine, pendant qu'il projetait sur un écran, à ma grande stupéfaction, les images de ma petite production. Les questions concernaient le texte qu'il trouvait plus ou moins sibyllin, les noms des participants et des destinataires, mes projets futurs etc.. L'entretien dura un assez long moment et je fus relâché.. Je dis relâché.. c'est l'impression qu'il me resta de ce moment de confinement. Empreint d'un mélange de fierté, comme si j'étais arrivé à troubler l'ordre public sans vraiment le vouloir, mêlé à une certaine inquiétude aussi de constater que la liberté d'expression avait un cadre aussi étroit. Il me fallu de longs mois pour me rendre compte et admettre que nous étions bien surveillés. Dans le milieu (artistique), de petits indicateurs de police se trouvaient infiltrés. Dix exemplaires du fanzine avaient circulé et déjà l'un d'entre eux se trouvait aux mains des forces de l'ordre. L'on pouvait se féliciter; d'un côté de voir la promptitude avec laquelle, une semaine à peine sa sortie de la photocopieuse du monoprix, le dangereux petit fanzine se trouvait sous les verrous et sous contrôle. De l'autre; se féliciter pour la sécurité du pays (hi!hi!) comme se lamenter de l'entretien de ce triste lien par un individu qui se faisait et se fait toujours passer pour un artiste. Aujourd'hui les meilleurs indicateurs sont sans doute le téléphone mobile, internet, la carte bancaire et tout le tralala. Nous nous fichons tout seul. Nous renseignons le renseignement, nous permettons à l'état en nous inscrivant quotidiennement de nous contrôler et Edvige est un pas de plus dans cette troukalambouterie. La liberté ne gagne pas grand-chose dans cette affaire. Mais nous ne sommes sans doute pas à un fichier prêt. La véritable subversion est entretenue ou brisée nette. Edvige est une vieille dame, un vieux concept pour faire jaser et détourner l'attention. Son petit-fils est déjà dans nos veines. Il renseigne et élimine au fur et à mesure sans aucune médiatisation.
jeudi 5 juin 2008
De l'influence considérée comme un laid art ?
Christophe Massé peint des figures sur bois à la Sanfourche, le sourire en moins, avec les mêmes sertis noirs, les mêmes couleurs primaires et les mêmes déformations planes que Dubuffet. Tout cela ne prend guère de libertés finalement, et se complaît dans la remise en cause du caractère sacré de l'art ; ce qui est aujourd'hui à la subversion plastique ce que briser sa guitare est au rock : révolutionnaire... J'ai relevé cette petite critique dans trente trois tours, magazine d'informations culturelles sur internet, elle me flatte avant de me contrarier. J'ai passé tant d'années avec des travaux de Sanfourche partout dans l'appartement de mon enfance et de belles années avec l'oeuvre de Jean Dubuffet, très ami de ma famille, que j'ai sûrement souhaité ne pas m'éloigner de ces créateurs comme de Claude Viallat (sans doute celui des contemporains qui m'a le plus touché) et de tant d'autres qui constituèrent à des plans et stades différents les catalyseurs de mon envie de vivre (ou de rester envie). Le fait qu'aujourd'hui encore je n'ai pas renoncé à la création comme unique métier de vivre doit en être sans doute le reflet ou le résultat. Oui l'influence ! alors que souvent l'on me parle de Tardi et de Munch, les miennes viennent d'abord du Pop art puis d'Henry Miller et de Robert Rauschenberg mais aussi de Georges Perec et d'Hubert Lucot, de l'Art Brut: celui de Robillard et de Pépé Vignes et des gens qui s'en trouvaient proche sans en faire totalement partie, Mario Chichorro, d'une certaine façon Robert Combas, mais aussi de ceux qui répètent sans cesse comme Daniel Buren et Hergé. La vraie influence pourtant, majeure, remonte et demeurera la main de Lascaux et l'Art des enfants des rues.. Et je me sens grandement influencé par ma passion générale pour l'art, pour les artistes, ceux qui ont une vie totalement créative... et qui travaillent chaque jour sur leur métier de peindre.. A Bordeaux, je pense à Jofo, Krapo, Brouillon par exemple.. J'ai aussi en mémoire comme un des points fondamentaux de l'existence: la liberté d'être et de casser sa guitare (la pochette du disque London Calling me fait toujours de l'effet) et même si je réponds maintenant à la police qui m'arrête dans la rue par des silences et des sourires.. que ce soit tendance, fengshui, ou ventripotade.. le plaisir de l'idée de révolution est toujours en moi.. mais nous savons bien que c'est le pouvoir qui décide du moment où elle aura lieu.. il ne faut pas s'en faire pour ça. J'ai aujourd'hui dans mon escarcelle comme me le disent certains de mes ami(e)s haut perché dans les musées contemporains, le potentiel pour faire du vrai art au caractère sacré ! ou d'un sacré caractère sans rien remettre en cause.. mais je suis attardé.. un gauchiste attardé comme me l'a écrit Ben Vautier. J'aime m'enfoncer avec déliquescence dans ce paradoxe; fabriquer des pièces contemporaines que je ne montre pas où abandonne dans mon atelier virtuel et continuer une oeuvre autobiographique aux limites de l'art populaire. Il n'y a pas de raisons alors pour que ce travail cesse, sorte de son ordinaire et n'assume pas ses influences. C'est parfois dérisoire, parfois juste ou injuste je ne sais pas.. comme se retrouver au mur chez un particulier dans une belle collection entre Dubuffet et Miro ou entre une statue primitive du Gabon et un Arman peut l'être et exposer le plus souvent dans des bouis-bouis que je juge être de qualité en compagnie de gens que j'aime. Oui pourquoi pas ! le choix d'un homme, d'une institution, d'un pouvoir, d'un critique peut apporter tristesse et bonheur, sentiment d'y être.. au top ou à défaut d'avoir cassé sa guitare encore une fois.. avant que demain ce ne soit ma pipe qui se brise.. à condition que ceci n'est pas une pipe bien entendu.
jeudi 15 mai 2008
Perpignan en Mai 68: Au centre de la terre (1)
Merci au critique d'art Jacques Quéralt d'entretenir la légende de Marcellin Lerrouge (1961-1991) et Christophe Massé, de nous citer plusieurs fois dans le gros, très gros.. une baudruche même, catalogue de l'exposition: Perpignan et la fièvre de Mai 68. Même si en 1968, Marcellin et moi étions encore des voleurs de malabars, nous nous sommes certainement inspirés du souffle de liberté de cette époque pour bâtir notre petite entreprise de rien du tout et de mort aux cons jusqu'au nihilisme punk de la génération suivante.. et encore à l'heure actuelle, nous sommes certainement demeurés les fidèles d'une révolte permanente, intérieure et légère. Je regrette, néanmoins que les initiatives, à mon avis les plus liées à l'esprit de 68 ne soient pas mentionnées dans cet ouvrage. Je ne veux pas parler, me concernant, de mes actions de la fin des années 70: l'exposition (peintures, danse, performances) organisée avec Lolita Danse dans la Chapelle St Dominique par exemple mais des expositions sauvages dans les lieux désaffectés (relais routier abandonné de Fitou, ensemble des murs des bâtiments en ruine sur les bords de la Têt avec Michel Fores puis Bernard Marti et la "dream team" des beaux-arts, les actions/expositions "Ramos" et "Voyeurs et doigts piquants" organisées avec Christian Granado-Hernandez. Elles auraient pu, comme l'évocation d'un travail encore plus marginal débuté en 1980: fanzine, auto-production photocopiée, films super 8, émission de radio, premières expositions ponctuelles en appartement, investissement de lieux abandonnés, travail dans la nature et les rues.. refléter réellement cette petite place underground occupée par et sur la scène perpignanaise par une poignée d'artistes. Travaux diffusés par un réseau international composé d'autres créateurs non désireux d'adhérer totalement au fonctionnement institutionnel.. à l'origine de l'art indépendant et alternatif des années 90. A Perpignan comme dans un bon nombre de cités, nous nageons en plein paradoxe: caméras de surveillance à chaque coin de rue et exposition pour commémorer "la révolution" .. comme si l'envie de balancer des pavés ou de parler de changement de société était un vieux rêve à enfermer entre quatre murs.. les uns à Bordeaux, célèbrent l'abolition de l'esclavage sans faire une action contre l'esclavagisme contemporain, les autres à Perpignan se font l'écho d'une jeunesse perdue/disparue mais transforment leur cité en un grand terrain d'injustice sur lequel les parias sont d'un côté et les nantis toujours de l'autre..
Perpignan et la fièvre de Mai 68 des ultimes avant gardes à l'institutionnalisation du monde de l'art (1968-1986) Couvent des Minimes jusqu'au 27 mai
jeudi 20 mars 2008
Une ordure dans le paysage
C'est une belle promenade à faire à pieds ou en vélo. Une vingtaine de kilomètres autour de la Garonne en passant le Pont de Pierre et le Pont d'Aquitaine. Des endroits bucoliques et d'autres paysages qui le sont moins. Et ce panneau comme un rappel permanent d'exclusion et d'abandon, là même il n'y a pas si longtemps où le commerce des esclaves avait lieu.
mardi 9 octobre 2007
Rugby: La France entière tirée par les trous du nez
Le rugby est un sport magnifique. L'école de la vie. Hier c'était encore le football, mais aujourd'hui la France entière est prête a remplir les trottoirs de vomi et les caisses des équipementiers et des télévisions pour affirmer que c'est le rugby. Il est là l'esprit de l'humanité. Ce magnifique engrenage: pouvoir, média, masse bien lubrifié est capable de passer en quinze jours de: Putain ce Laporte ! C'est une grosse merde avec ses bouffons (suite à la défaite face à L'Argentine) à: Enculé ! cette conquête, ce réalisme, ce coaching ! (suite à la victoire face à la Nouvelle-Zélande) et demain hurler: On a gagné ! jusqu'à la prochaine mise en orbite orchestrée d'une compétition sportive, d'une foire, d'un cirque...
qu'un sang impur.. abreuve nos sillons.
vendredi 15 juin 2007
Cali et Le Vin Pur de Ludovic Massé
Le chanteur Cali va lire Le Vin Pur de Ludovic Massé à Toulouse demain dans un théâtre. Il dit qu'il a peur et il a raison. Moi aussi j'ai assez peur pour lui. Le Vin Pur lui, en a vu d'autres. Mais qui a eu cette idée là ? Cali si tu m'entends. Téléphone moi. Je te jure de ne pas te proposer des paroles de chansons !
lundi 11 juin 2007
Que les gens de gauche lèvent la main
Magnifique peuple de France de gauche qui aux premiers beaux jours laisse filer une partie de sa liberté en oubliant d'aller voter. L'abstention est un choix respectable, mais sans doute pas un honneur lorsque la négligence, le fatalisme, l'ignorance l'ordonnent. Le parti de la bête est en train d'agoniser.. comme c'est drôle ! Alors que le parti du postier est en train d'acquérir ses lettres de noblesse et son représentant gominé invité à la table médiatique peut donner maintenant clairement son avis avec tout le temps qui lui faut, sans être ni coupé, ni minimisé dans ses propos par cette télévision répondant à la voix de son maître ... comme c'est drôle ! et curieux... Le premier ministre parle comme si la droite n'avait jamais été au Pouvoir... Toujours cette amnésie et ce souvenir qui se réveille en présence d'un monument aux morts... pour évoquer: c'était la guerre, c'était la mort... elles étaient au rendez-vous... et puis toujours encore cette amnésie, cette rancoeur.. Toujours cette incroyable mémoire courte. Magnifique peuple de France de gauche qui d'une part: emboboïfié dans son confort, de l'autre: tourmenté, ignorant, naufragé de sa misère noire n'a pas la force, encore moins le courage de regarder attentivement la liste de ceux qui se présentent pour faire son choix... véritablement. Oublier de lire, oublier de comprendre. Subissez ! est dit en substance. La partie de ping-pong continue, les uns avec des raquettes, les autres avec leurs mains. Aujourd'hui écrasé...demain renaissant des ces cendres jusqu'à la nausée qui va et vient. La jeunesse qui ne va pas voter n'est pas à blâmer.. mais blâmons ceux qui devaient porter l'héritage de Môquet, de Blum, de Jaurès alors ! Si l'on doit revendiquer de personnes. Blâmons ceux qui n'ont pas su au long cours, à long terme, conserver ce tissu social, garant de toutes les humanités, de toutes les fraternités et de toutes les solidarités. Et regrettons que ce ne soit pas eux qui est créée un monde meilleur.
lundi 12 mars 2007
Appel au soutien de Lili-Oto
L'artiste plasticien Lili-Oto traverse une crise profonde. Sa situation concernant l'expulsion de l'atelier/logement qu'il occupe encore actuellement rue du Faubourg des Arts à Bordeaux me semble être inéluctable et parfaitement injuste si l'on se base sur ses déclarations publiées sur son site: http://lili-oto.over-blog.com/ que je vous invite à consulter. Pour ma part et sans fréquenter intimement l'artiste, je considère que le soutien massif des plasticiens et citoyens aquitains et au delà de nos frontières régionales est justifié et va contribuer dans une pareille situation à la clarté des fonctionnements; permettre aussi aux saltimbanques de ne pas toujours à court, moyen ou long terme être considéré comme des individus sans droit. Il s'agit aussi d'une situation moralement insupportable que nous pouvons tous envisager de vivre un jour. J'ai le sentiment que notre solidarité affective s'impose d'elle même aussi.
Vous pouvez dans un premier temps, signer la pétition de soutien à l'artiste : http://apea.over-blog.net/ et le contacter pour lui proposer des solutions, si vous en avez. Merci pour lui, merci pour nous.
samedi 5 août 2006
Mordant l'âpre midi. (Je dis Mort à la Corrida)
La corrida est une caricature du sud. La peur de l'autre (alors tuons-le). La peur d'ailleurs (alors restons-là). Le type qui cogne sa femme, ses enfants, son chien ou les ignore. Cette peur nettoyée un instant par le spectacle de la mort. Un rite archaïque en forme d'affront à l'intelligence. A mi-chemin entre la pornographie et les jeux télévisées: un spectacle pour se vider.
Je n'aime pas la corrida et je crois qu'une vérité se situe là face à la bravoure de la bête. Ceux qui "combattent" seront épargnés. Des gladiateurs dans d'étroits frocs moulants à qui l'on offre une épée et une cape pour briller vite fait et tuer une bête noire splendide; symbole de la puissance et de la vélocité réunies. Une bête à cornes soignée pour être éxécutée sous les regards de gens qui payent. Payer pour marquer son silence. Payer pour jouir et se divertir en regardant mourir.
Aficionados. Ceux qui exultent comme ceux qui se bouffent les ongles dans les gradins, ceux qui la pipotent cette corrida et ceux qui l'entourent du mystère. Oui, ceux qui se recroquevillent et ceux qui brandissent Picasso pour mieux vivre le malaise de leur propre mort dans la poussière rouge du midi.
Mon grand-père m'avait un jour (j'avais dix ans) emmené voir à Céret (Pyrénées-Orientales) avec la complicité d'un vieux picador les taureaux de la course du dimanche, à l'endroit même où ils attendaient. Les animaux n'avaient encore jamais vu, ni senti trop de gens et dans cet espace comme une fente de boîte aux lettres où je mis mon oeil pour les voir, le sentiment sauvage avait jaillit dans leurs yeux noirs de condamnés. Ce fût la même chose avec l'aigle sur un sommet des Alpes qui se posa à l'aube à mes côtés, les phoques, les cerfs, les sangliers, les daims, le renard et toutes les bêtes que j'ai eu la chance de croiser un instant dans la nature, bien loin des hommes... et décidemment l'arêne, le zoo, la réserve, la piste ne font que donner encore plus de petitesse à l'espèce humaine enfonçée dans son esprit grégaire de conservation, d'entretien de ce folklore qui rapporte de l'argent; empétrée dans ses coutumes, sa tradition, la vulgarité d'un commerce opportuniste.. Les gens du sud qui vont à la Corrida portent des panoplies de Romains, leurs petites couilles assorties trempant encore dans l'anisette apéritive et le rosé aigrelet servis frais sur toutes les tables avant la messe tauromachique. Ils claironnent, ils fanfarent, ils ont tous vu l'ours en allant chercher des champignons autour de la bagnole garée, là à côté dans les collines.
Je ne vais pas changer la donne. Hemingway était un génie, Dali aussi ! ils sont pour des décennies encore d'une barbarie esthétique de mauvais goût, la caution intellectuelle de ceux qui ne les ont jamais lu, ni vu.
Le trou béant que le picador inflige au taureau dans le rachis; une perforation du diamétre de la pique et d'une profondeur sans équivoque vis à vis de la douleur ressentie. Quand un flot de sang vomit de la sorte sur les flancs; il faut peser son poids pour résister encore quelques minutes et cela seulement aprés une entrée furieuse dans l'arêne. Une blessure qui ne permet plus à l'animal de dicter quoique ce soit au destin. Oui, juste relever la tête face à la mort et parfois pour sa race, s'offrir une artère qui traine et faire le martyr à l'autre, en grand seigneur qu'il est de toute façon.
Les types qui sont dans les tribunes ont des têtes de cons. Des têtes qu'ils n'ont pas tout le temps d'ordinaire mais là, oui. Des vraies têtes de cons ahuries, sanguines, jouisseuses, pissant l'alcool et la frustration par les yeux et d'autres têtes de cons encore, hautaines, critiques, revenchardes, luisantes de pouvoir et de privilèges. Les têtes des parvenus sous le soleil sont les belles peintures que des esprits libres ont réalisé loin du cloaque.
C'est un sentiment de gratuité que j'ai gardé les jours ou je me suis rendu aux arênes. La première fois à Céret par facilité, la seconde fois à Ronda pour comprendre vraiment.. et pour la dernière fois aussi.